Il y eut un temps des métairies, à Mesnac comme à Cherves.

En 1620, Charles Chesnel acheta à Jacques de Puyrigault, seigneur de Charmant, ses terres de Mesnac et de La Roche. Dans ce dernier lieu, il fit bâtir Château-Chesnel (qui ne date donc pas de 1610), et abandonna alors son château de Chazotte, dont au moins une partie des bâtiments fut transformée en métairie - la Métairie vieille -, avec les terres environnantes. L'Isle, acquise par Josias Chesnel en 1655, subit le même sort mais, cette fois, les terres furent partagées entre deux métairies au moins. 
Père et fils avaient, par ces acquisitions et d'autres (notamment celles de Plumejeau, comprenant le Courtis, en 1617 et de Vignolle en 1656), arrondi leur domaine, qui finit par s'étendre du Véron au Pont de Saint-Sulpice. Dans un souci de rentabilité sûrement, ils découpèrent ce territoire en métairies, ravalant à ce rang les petits manoirs de bord de rivière (Chazotte, l'Isle, le Courtis) au profit du seul Château-Chesnel, construit sur une éminence. En y comprenant celles que nous venons de citer, on dénombrait huit métairies à la veille de la Révolution : 
- dans Mesnac, la métairie du logis de l'Isle, l'ex-métairie de l'Isle près de Vignolle (d'où parfois une confusion des dénominations), la Borderie au sud du bourg et la Métairie neuve près de Chazotte.
- dans Cherves, outre la Métairie vieille, la métairie des Noirs (ou des Nègres), la métairie du Courtis et la métairie de chez Boisnard.
À ces exploitations hors préclôture s'ajoutait le moulin de Chazotte, à cheval sur les deux paroisses, mais compris pour l'essentiel dans Mesnac.

Trois documents nous renseignent sur la consistance de ces métairies :
- un relevé de 1780 énumérant toutes les parcelles dépendant de Château-Chesnel. La ou les premières pages ont disparu, mais cela n'affecte que l'éventuel intitulé du document et les dix premières parcelles de la préclôture. Les indications de superficie - approximatives et d'ailleurs toujours assorties de la mention “ou environ” - et les confrontations fournies par cette pièce nous permettront de dresser in fine une sorte de cadastre, certes partiel mais laissant deviner les contours sud de l'ex-seigneurie de l'Isle.
- un "procès-verbal des bastimens et domaines et estimation du bestail compris dans la ferme du Château Chesnel" réalisés en 1788 lorsque Mme d'Écoyeux entreprit d'affermer une partie du domaine aux "sieurs Broussard de Livenne et Frannaud". Ce document ne concerne pas toutes les métairies, mais fournit des éléments intéressants sur les bâtisses, les cultures et le bétail.
- l'inventaire dressé l'année précédente après le décès de Louis-Alexandre Frétard d'Écoyeux ne fait guère que préciser la composition de ce bétail, et on fera grâce de la couleur des bœufs et vaches !

LEXIQUE

Borderie : petite métairie.
Chénebard : chènevière.
Douë : douve, fossé.
F(e)urne : vanne, écluse (Jônain) « Une furne (ou feurne) est un dispositif coupant à volonté le cours d’une rivière. Fait avec des pierres ou de la terre, ce système permettait de passer à gué et de freiner la force de l’eau. On retrouve ce dispositif sur la Soloire, près du pont de la Furne… » (site de Ph. Dumas sur Boutiers). A. Thomas (Romania, 1908, vol. 37, p. 123) énumère trois acceptions qui correspondent à trois aspects d’un dispositif de ce genre : vanne de l’écluse d’un moulin, filet qu’on adapte à l’ouverture de cette vanne et planche formant pont extérieurement à la vanne ; et, s’appuyant sur Du Cange, avance que le sens premier pourrait être : réservoir à poisson creusé en dehors de l’écluse, à l’orifice de la vanne : le mot, sous la forme *foderne, dériverait de « fodere », fouir, comme « caverne » vient de « cavere »,creuser..
Héraud (ou aireaux) : cour, terrain vague autour d’une habitation.
Motte : le mot a deux sens : “Petite terre marécageuse, humide, entourée généralement de fossés pleins d'eau” ou “monticule de terre”, tertre, butte ou terrier. Le dérivé motards suggère un champ où la terre, lourde, ne s'émiette pas, reste compacte.
Nauve (ou noue) : bourbier, terrain où l’eau stage, voire mare.
Ouche : “petit terrain [clos et cultivé] attenant généralement à des bâtiments [ou] petit verger entouré de haies ou de fossés” (Glossaire de G. Musset).
Parsonnière (terre) : en possession partagée.
Rouchail : roselière ; les rouches (carex) servaient notamment de litière pour le bétail.
Terrage (ou champart) : prélèvement en nature, en général de céréales, que le seigneur devait faire effectuer sur le champ, au moment de la récolte (il était “quérable”, et non “portable”). Un prélèvement du sixième était, semble-t-il, un maximum.
Vesne : bras de rivière ou canal ?

 

Métairie du logis de l'Isle

L'étendue des terres est de 50 journaux, non compris les "prés vergnée[s]", et leur revenu (total ou celui du seigneur ?) s'établit à 290 livres. Le métayer se nomme Jean Priolleau ou Priauleau.

 

 consistance superficie  valeur au levant au couchant  au nord au midy
 A. En la prairie des Oeillau 3 prés contigus  5 jx   1 000 £   ?  pré de la Bordrië  pré de la Bordrië pré de la Bordrië 
 B. Aux Seures près le bourg pièce de terre  2 jx (les 3/4 en agrière au six des fruits envers le prieuré et le surplus estant
dans les rantes desdits sgrs)
 450 £  route qui va 
aux Grenussons
 héritiers de
Jacques Rullier
Jean Chebinaud  héritiers de
Pierre Brandy 
 C. Aux Auseures  pièce de terre
avec du bois
 4 jx  700 £

 chemin de
Cognac à Matha

 route des 
Grenussons

 Michel Coupilleau
(fossé entre deux)

 héritiers de
Pierre Brandy 
 D. champ de l'Isle pièce de terre
avec du bois 
9 jx  865 £ Jeanne Chebinaud

chemin de
Matha à Cognac

Petit champ (E) plusieurs
particuliers
 E. Petit champ pièce de terres
avec arbres 
6 jx 550 £ champ de la métairie
de l'Isle
chemin de
Matha à Cognac 
vigne appelée
le Plantis 
Champ de l'Isle
(D), fossé entre deux
 F.  petite chaume
( 1 ormeau testard)
1 jal  50 £  Sr Gabeloteau  chemin de
Matha à Cognac 
Champ de l'Isle
(D)  
chemin Mesnac-
Vignolle 
 G. Terre au Picq pièce de terre  10 jx (dont 1 de chaume
ou pré au midi) 
1 400 £  pièce de la métairie
de l'Isle 
chemin de
Matha à Cognac 
chemin Mesnac-
Vignolle  
jardin dépendant
de la métairie de l'Isle 
 H. Terre du Pontet pièce de terre
(avec chaume au milieu) 
3,5 jx  250 £  chemin de
Matha à Cognac  
Boutelleau
et autres 
Pierre Heurgonneau  chemin Mesnac-
Pontet 
 I. Sablon pièce de terre

2 jx 
(y compris des troux que l'on a tiré
du sable)

100 £  Daniel Suire  chemin Mesnac-
Pontet  
Daniel Suire  héritiers de Jean
Boutelleau
 J. Sablon pièce de terre
(avec chaume au midi)
1 jal  60 £  Daniel Suire   chemin Mesnac-
Pontet  
mineurs Tirat  chemin Mesnac-
Pontet  
 K. Tartifume pièce de terre
(champ) 
2,5 jx  250 £  chemin et pré de
la mét. de l'Isle 
pré et chaume
de la Bordrië + mét. du Logis 
douë séparant
de la Bordrië 
mottes (M) 
 L. Rouchail pré-marais  2 jx  120 £  petit pré de la 
Bordrië et chaume (M) 
rivière du moulin
de Chazotte 

douë séparant
de la Bordrië

Fossé du Roy 
M. Les Mottes  petite motte
avec bois 
1,5 jal  150 £  pré de la mét.
de l'Isle 
Rouchail (L)  Tartifume (K)  Fossé du Roy
 N. Pré du moulin pré avec arbres  2 jx 450 £ Nivaudrie 
(mét. de l'Isle) 
rivière du moulin
de Chazotte 
Pré des Reguins
(fossé) 
pré du moulin
de Chazotte 
 O. Gripeliet pré  0,25 jal  40 £  champ de Boutelleau  L'Ouche naigre
(noire) 
Boutelleau  Boutelleau 
51,75  jx  6 435 £ 


Bastimens de la mestairie appellée l'isle du chateau de Mesnac : les appartemens bas [...] consistent dans deux chambres, un appartement appellé pavillon, un autre appartement entre ledit pavillon et la grand chambre et un autre appellé fourniou, où nous avons observé... que toutes les fermetures de portes et fenestre sont en partie usée et néanmoins serviables et qu'il ny a qu'une seulle serrure à la chambre du mestayer seullement ; la fermeture de la porte qui est entre laditte chambre et le pavillon est inserviable. Et etant montés dans les greniers au dessus des dits appartemens bas nous avons observé... qu'ils sont très mauvais, percés en differens endroits, que les fermetures de portes et fenestre sont fort mauvaises, qu'il manque même une fermeture à la porte d'entre les deux greniers ainsi que les fenestres et croisées, sauf à la croisée qui donne au levant où il ni a qu'une mauvaise fermeture sans ferrure. Obervé aussi... que la couverture est en bon état.
[Quant aux] granges qui sont au devant de la maison[... ], il n'y a que celle du milieu qui a une fermeture à deux battant sans serrure, verrou ny loquet, dans laquelle il y a une crèche et un ratelier et [dans]celle qui est au couchant, il n'y a qu'une crèche seullement, la couverture du tout en bon état. Les deux petits toits joignant l'entrée de la cour en assés bon état avec leurs fermetures passablement serviables sans ferrures que deux gonds et deux ardivelles chacunes.

[Le bétail de cette métairie] consiste en quatre boeufs de tire, deux vaches égallement de tire et deux jeunes tores d'age d'environ quinse mois et une petite jeune tore d'age de huit jours, [le tout estimé] de la valeur de la somme de treize cent soixante livres, ci... 1360 #

[Pour ce qui est des terres], il y a environ la quantité de trois cents sillons en trois differentes parties qui peuvent former environ le nombre de onze journeaux qui sont actuellement [novembre 1788] ensemencées en froment, et sur lesquels onze journeaux, [...] il doit avoir été employé la quantité de quinze boisseaux de froment pour l'emblavement. [...] Outre les onze journeaux cidessus, il y en a environ cent cinquante sillons aussi en trois parties qui peuvent former la quantité de six journeaux; qui [sont] actuellement aussi emblavés en froment [et où] il doit y avoir esté employé la quantité de sept boisseaux de froment. [Il y a de plus] cinquante sillons pouvant former environ deux journeaux qui sont actuellement ensemencés en avoine [pour une quantité évaluée à] trois boisseaux et demy [ainsi que] quinze sillons [couvrant un demi-journal] semés en coupage [un boisseau et demi] et treise sillons [un "quard" de journal] semés en lin [environ deux picotins]. Plus onze journaux de "guéret franc" (jachère).
Enfin, 72 livres pour une charrette, une charrue, des juilles et autres harnais.

Notes. Le petit bâtiment qu'on discerne sur le cadastre napoléonien (voir L'Isle) était donc un "fourniou" ! En janvier 1787, le bétail se composait de deux gros bœufs de cinq ans (450 £), de deux veaux de vingt mois (180 £) et de deux vaches de sept ou huit ans (180 £). Avec la naissance de trois taures, le “croît vif" s'établirait donc en vingt-deux mois à 550 £ (?). À la même date, le notaire avait trouvé deux charrues "ou versour à roues" avec la charrette au "chartis bois d'ormeau assez bon" mais aux "roues inserviables", le tout estimé avec les jougs et harnais à 75 livres.
On notera que le procès-verbal ne s'intéresse qu'à la trentaine de journaux ensemencés en céréales (ou, originalité de cette métairie, en lin), négligeant notamment les prés.

 

Métairie de l'Isle

Située à proximité de Vignolle. Dans les années 1950-1960, il n'y avait plus là que la scierie Roullin, auparavant installée à l'Isle, dans le pré entre les maisons et la rivière. Maintenant, il ne reste plus rien.

 

  consistance superficie valeur au levant au couchant au nord au midy
 A'. Dans la prairie de l'Oeilleau pré 1 jal 200 £ pré de la mét. du
logis de l'Isle (A)
vergnée du
Gravellon
pré de la mét. du
logis de l'Isle (A)
vergnée de
l'Oeilleau 
 B'. audit lieu de l'Oeilleau  pré 3 jx  500 £

chaussée du
moulin de Chazotte

vergnée de
l'Oeilleau
pré de la mét.
du Logis (A)
Pré Rong (nauve
entre deux)
C'. Pontet  pré avec arbres 2 jx 300 £ chemin du Pontet
à Mesnac 
Tartifume (K)  chemin qui va
à Mesnac
pré de la Métairie
neuve (A**)
 D'. Les petits champs pièce de terre 10 jx 700 £ Grollet

terres de la
mét. du Logis

 Plantis de
Mesnac

terres de ladite
métairie

 E'. Terrages du prieur pièce de terre 2 jx (aux six
un des fruits)
80 £ La Passe (G') Mre Giraud chemin de Mesnac
à Pain-Perdu
La Groge (F')
F'. La Groge pièce de terre
avec arbres
2,5 jx 260 £ La Passe (G') plusieurs
particuliers
Terrage du
Prieur (E')
chemin Mesnac-
Vignolle
G'. La Passe  pièce de terre
avec arbres
 12 jx 1 400 £  Champ des Vignes
(fossé & palice
entre deux)
La Groge (F') Jean Brandy,
dit La Marche
 chemin Mesnac-
Vignolle
 H'. Terre au Picq  pièce de terre
avec arbres
 9 jx 1 000 £ chemin Mesnac-
mét. de l'Isle
terre de la
mét. du Logis  (G)
 chemin Mesnac-
Vignolle
Terres & pacage
de lad. mét. (L')
I'. Le Renfermis pièce de terre avec arbres 3 jx 1 000 £ chemin au pacage
 de lad. mét. (fossé
entre deux)
terres du Logis (?) Terre au Picq (H') pacage de
lad. mét. (L')
J'. La Groix pièce de terre
et chaume avec arbres
12 jx 1 300 £ Groix de Vignolle bastimants 
de lad. mét.
chemin Mesnac-
Vignolle
Renfermis
de Bellot
 K'. chaume 2 jx 700 £  Terre au Picq Renfermis (I')  bastimants 
de lad. mét.
jardin et pré
de lad. mét.
 L'. Les Bellins paccage (partie
en motards et
buissons d'épines)
4 jx  400 £ Pré de la Pointe domaines de la
mét. Neuve
Petit Renfermis (I') aboutant sur
la mét. Neuve
 M'.

pièce de pré joignant la maison dans laquelle est une petite ouche renfermée de palice

8 jx 
dont 2,5 au midi en motards qui ne serve que de pacage
2 000 £ La Groix (J') terres de la
mét. Neuve
 bastimants 
de lad. mét.
 motards des
Belins (L')
 N'. Champ du Pré 
des Fragnes
pièce de terre 3,5 jx 175 £ Groix de Vignolle pièce de terre 
de lad. métairie
Grollet

chemin joignant le
pré du frègne (?)

 O'. Champ du Fresgne   pièce de terre
avec arbres
 0,33 jal 30 £ chemin Vignolle-
Cognac
Boüard ? Groix de Vignolle aboutant sur le
chemin du Fresgne
 total 74,3 jx 10 045 £

 

En 1787, cette métairie était tenue par “François Poupard, colon partiaire”. S'y trouvaient six bœufs de trois à six ans (1 080 £), deux petits bœufs de deux ans (150 £), trois vaches de trois à cinq ans (260 £) - soit un total de 1 490 livres. Près de deux ans plus tard, on enregistre toujours six bœufs (“de tire”), mais seulement deux vaches ; en revanche s'y ajoutent deux veaux et quatre taures (dont deux de l'année) et, pour 24 livres seulement, deux moutons, deux brebis avec chacune leur agneau de l'année et une jeune brebis. Le tout aurait fait 2 234 livres...

Les bâtiments consistent en deux chambres, l'une avec porte fermant à clé et petite fenêtre, l'autre nettement moins bien close et surmontée d'un grenier, de deux étables, l'une pour les boeufs , l'autre pour les vaches et le jeune bétail, et d'une grange à foin. Les terres ? Quinze journaux ensemencés en froment "et quatre differentes parties" où l'on a employé 29 boisseaux de semences. Plus huit journaux en deux pièces ayant reçu seize boisseaux d'avoine et douze journaux en "guéret franc". Le matériel, estimé à 195 livres, comporte cette fois deux charrettes en sus de la charrue.

 

La Borderie

Peut-être une ancienne dépendance de l'Isle, compte de tenu de l'intrication des terres. Y “reste un nommé Mesnié”, au statut incertain. Produit annuel : 120 livres.

   consistance  superficie  valeur  au levant au couchant au nord au midy
A". Champ de la Bordrie pièce de terre
devant la maison
d'icelle
5 jx 1 500 £ chemin Pontet-Mesnac vergnée du Rouchail aux bastimants Tartifume (fossé entre deux)
B". Petit Pré de la Bordrie pré 15 carreaux 20 £ Tartifume pré du Rouchail Champ de la Bordrie (A") chaume de Tartifume
C". pièce de motte divisée en 5 parties 1,5 jal 600 £ "confrontant de toutes parts au douë de l'ancien chasteau de lisle estant derrière le logis dudit lieu de l'isle où est aujourdhuy la meterie"    
 D". pré marais 2 jx 400 £ pré de la mét. du Logis de l'Isle ris de l'Oeilleau pré de laditte meterie (du Logis ?)  
 total  < 9 jx  2 520 £

 

La Métairie neuve

“On estime que la métérie neuve doit produire annuellement la somme de 425 livres. [D'une autre main :] Cette métairie contient cent journaux de terre labourable, pré, sans compter les prés marais.”

    consistance superficie valeur au levant au couchant au nord au midy
A*. Le Pré Rong  pré 3 jx 400 £ rivière du moulin vergnées parsonnières pré de la mét. de l'Isle pré de la mét. de chez les Noirs
 B*. Les Reguins pré et chaume avec arbres 7 jx 900 £ chemin Cognac-Matha Pré Rong (rivière du moullin de Chazotte entre deux) Pré du Pontet (fossé du Roy entre deux) Terre de la Nivaudrie (fossé entre deux)
 C*. Le Grand Pré pré, derrière les bastimants de ladite mét. 10 jx 1 000 £ Petit bois du Boisson (F*) chemin Cognac-Matha Pontet (D*) (Fossé du Roy entre deux) issuë et héraud de lad. mét.
D*. Le Pontet pré 2,5 jx 250 £ Les Claudriës (G*) pont du Pontet jardin du Pontet (E*) Le Grand Pré (C*) (Fossé du Roy entre deux)
E*. Jardin du Pontet pièce de terre ou jardin 1,5 jal 400 £ pacage ou Belins de la mét. de l'Isle motte du nommé Mesnié pièce de terre ou chaume de la Terre au Picq (mét. du Logis de l'Isle, G) Pré du Pontet (D*)
F*. Bois du Buisson pièce de bois en buissons sur laquelle il y a différans testards entourée d'anciens fossés 2,5 jx 500 £ Les Petits Champs (H*) Le Grand Pré (C*) Les Claudries (G*) Le Grand Pré (C*)
G*. Les Claudries pièce de terre 18 jx 1 300 £ Pré des Fresnes pré de lad. métairie (D*) pré pacage de la mét. de l'Isle (?) Fossé du Roy
H*. Les Petits Champs pièce de terre (fossé au milieu pour l'écoulement des eaux) 16 à 17 jx 1 700 £ chemin Cognac-Vignolle chemin de servitude de lad. mét. aux Claudries Claudries (Fossé du Roy entre deux) autre dhomaine de lad. mét., chemin de servitude entre deux
I*. La Varenne pièce de terre (1,5 jal de chaume au midy) 25 jx 2 000 £ chemin Cognac-Matha   issuës de lad. mét. (fossé entre deux) Bois Jannot (fossé entre deux)
J*. La Nivaudrie pièce de terre (partie en chaume) 10 jx 600 £ chemin Cognac-Thors pré de la mét. du Logis (N) Reguins (B*) chaume parsonnière entre le moulin de Chazotte et lad. mét.
K*. chaume servant de pacage et faisant partie du héraud de lad. mét. 1 jal 200 £ "puy" de lad. mét. chemin Cognac-Matha  Le Grand Pré (C*) La Varenne (I*), chemin entre deux
total   87,5 jx 9 250 £        

 

1788 : la maison du métayer, Pierrre Joyaux, laboureur, "consiste en une chambre basse, un chai acosté au couchant, une écurie à la suitte et un petit toit au devant". "Les autres bastiment de laditte mestairie concistent dans deux granges tant à foin qu'à boeufs et à brebis[, à costé de la chambre du métayer] ; la première au couchand a ses fermetures d'une porte fort vieille [...] et d'un portail presque neuve [...], la seconde au levant ayant deux portes [au nord et au midi].
Le bétail se composait de "quatre gros boeufs de tire, deux jeunes vaux de trois ans, six vaches et un petit vau de l'année". Valeur estimée : 2 062 livres. L'année précédente, on parlait de six bœufs de 3, 5 et 6 ans (1 100 livres), de quatre vaches de trois-quatre ans et huit-neuf ans (200 £) et de deux veaux et une taure d'un an (140 £), soit un total de 1 340 livres. 
"Les guérets francs l'année présente sont en quatre differentes parties et consistent scavoir dans la piece des Petits Chams en deux cent sillons, dans la pièce de la Varenne cent vingt sillons, dans la pièce des Cloudis cent huit sillons, dans la pièce de la Varenne près le bois Jannot soixante sillons, pouvant former en tout [blanc] journeaux. [En outre], il y a environ vingt sept journeaux de semés en froment" à raison de 36 boisseaux.
Enfin, une "vielle charrette, une charrue et les arnois ordinaires" ont été évalués à 120 livres. (en 1787, on était plus précis et plus sévère : “une vieille mauvaise charrette, un versour à ruelle avec atteloir”, estimés avec les harnais à 86 livres seulement.)

Notes : la présence d'un chai intrigue. Il n'est fait mention de futailles et de matériel de vinification qu'à Château-Chesnel même, et la liste des parcelles ne fait était d'aucune vigne (excepté celles du Plantis de Mesnac, mais qui sont hors métairies)...

Moulin de Chazotte

“moullin composé de deux roues” estimé à 8 230 livres. Mais “on estime que les moullins Chazotte et ses dépendances ne doivent produire annuellemant de net que 600 livres à cause des réparations quil y a à faire aux dits moullins, avec les cinq pièces de dhomaine qui sont comprise dans la préclosture estimé la somme de 2 820 livres”.
D'autre part, en marge, quelqu'un a annoté les pièces B à E : “payé en Mesnac / l'imposition”. Le bail consenti en 1646 par Jozias Chesnel l'a d'ailleurs été à “Pierre Besson, meusnier, demeurant aux moullins de Chazottes paroisse de Mesnac”. On trouvera sur le site Histoire-Passion ce document, qui fait état de deux moulins, un “noir” pour le seigle et un “blanc” pour le froment. Quelques compléments et correctifs seulement : une “serre” est une scie (dictionnaire de Godefroy) ; les “rix” sont les ris (ruisseaux) ; “berches" = brèches ; au lieu d'"arsure", lire “tesure" (ensemble de filets) ; “les enguille de feurne" (voir lexique supra).

   consistance superficie valeur au levant au couchant au nord au midy
A.   pièce de terre où estoit autrefois la glassière, faisant un triangle 3 jx  900 £ fossé faisant separation davec la terre de la guérenne (Mét. Vieille) route entre l'ancien jardin et lad. pièce de terre chemin du moullin au chemin de Matha douë de l'ancien château de Chazotte
B. pièce de terre et motte (chaume) 2 jx 600 £ située entre le chemin conduisant du moullin au chemin de Matha et le pré C  issuës du moullin chaume parsonnière  entre le chemin conduisant du moullin au chemin de Matha et le pré C
C. Pré du Moullin  pré 5 jx 2 000 £ chaume B, fossé entre deux rivière du moullin Nivaudrie (mét. Neuve, J*) chaume B
D. chaume commune  pré pacage allant en pointe 2 jx 200 £ chemin de Matha pré C  Nivaudrie (J*) chemin de Matha
E clos ou marais renfermé de murs en mauvais état 1,5 jal 300 £ rivière du moullin pré marais (C ou F ?) vergnée du Pré Rong feurne du moullin
F. pré ou marais 7 jx 700 £ rivière du moullin vergnée parsonnière Pré Rong vergnée du Pavillon
G. l'ancien jardin clos pièce en partie en jardin, close d'anciens murs au coin de laquelle estoit le pavillon 2 jx 600 £ route de servitude du moulin pour aller au champ nommé Grand Jardin (H)  rivière du moullin bastimants du moullin douë de l'ancien chasteau
H. Grand Jardin pièce de terre 3 jx 900 £ Champ des Antes rivière du moullin douë Pons Galland
I. Petit Jardin pièce de terre près le pont Galland 1 jal 300 £ Le Parc rivière chemin du pons Galland chenebard de la mét. vieille
J. chaussée avec du bois 1,5 jal 120 £ L'amplacemant de la chaussée du costé du levant a prandre depuis led. moullin jusque au bout du pré Galland ou à la vesne (ou vergnée) de David
K. chaussée avec bois ? 150 £ La chaussée dud. moullin du costé couchant a prandre depuis le dit moullin allé jusqu'au pons du logis de l'Isle
total   env. 30 jx 6 770 £        

Le document confirme donc l'existence d'un pont reliant l'Isle de Mesnac au bourg.
Le pré des Ânes mentionné dans le bail de 1646 correspond à la parcelle F.

La valeur est estimée à 15 000 livres y compris le moulin.

 

Essai de cadastre

Certaines appellations se retrouvent dans le cadastre actuel, mais souvent déformées, soit en raison d'une mauvaise lecture, soit parce qu'on n'en comprenait plus le sens et qu'on leur a substitué un terme connu. Ainsi les Oeillau (ou l'Oeillau) sont devenus l'Euliaud et la Terre au(x) Picq, renvoyant vraisemblablement à la même famille que la Croix de(s) Picq en Cherves, a été rebaptisée “Terre aux Pies". La Nivaudrie et les Claudries, qui tiraient peut-être leur nom d'un patronyme, se retrouvent sous la forme La Miraudrie et, ce qui est plus étrange, Les Cloutis. Les Reguins figurent encore dans le cadastre de 1822, mais avec l'orthographe “Regains”, qui est celle qui s'est imposée. Quant aux Ausseures, terres qui devaient être détenues à l'origine par les seigneurs du Seure (dont c'est l'ancien nom), elles sont maintenant enregistrées au cadastre comme “Les Hauteurs”  ! C'est sûrement du fait d'une erreur due à l'ignorance que La Groge (“terre caillouteuse”, synonyme de “groie”) s'est trouvée transformée en “La Grange”, dénomination étendue depuis à tout le secteur compris entre Le Millery et  le Champ des Vignes, y compris donc aux Terrages du Prieur et à La Passe.  Cas peut-être pas unique, cette dernière dénomination était elle-même une altération (déjà !) : il faut y reconnaître Les Lepasses (bardanes), terme rencontré dans un document de 1658 relatif à Pain-Perdu...

Sablon, Gravellon, Groie et Groge : tous ces termes renvoient à la nature graveleuse des parcelles. Il faut peut-être y ajouter "Gripeliet / Gripillet", si l'on rapproche le mot de “grippail : sable argileux, caillouteux et très compact” (Musset). La proximité du marais est également sensible, avec “nauve”, “rouchail” et ce Tartifume, “Tard-y-fume”, qui suggère la persistance de brumes matinales dues à l'humidité. Quant au pacage des Belins, il porte bien son nom : les “belins” sont les béliers. La “Varenne" (qui est ici comprise dans Cherves, et non celle de Mesnac) était aussi une “terre inculte où l'on fait paître le bétail”.

La carte qui suit situe plus ou moins exactement toutes les parcelles citées plus haut. On n'a tenu que légèrement compte des superficies indiquées, approximatives comme il est dit, et on a donné la priorité aux confrontations, mais celles-ci apparaissent parfois contradictoires (par exemple s'agissant des Oeillaux) ou difficiles à reporter sur un cadastre qui a bougé : il est possible, ainsi, que la partie méridionale de la métairie de l'Isle soit moins compacte, plus ajourée (le pré de la Pointe en fait-il ou non partie ?) et le puzzle autour des Belins ne peut être aisément reconstitué. 

totalit mtairies

 

 

 

CassiniDans les recensements disponibles (voir Les Mesnacois), apparaissent, en sus des cinq principaux hameaux (le bourg, Vignolle, Les Fosses, Pain-Perdu et La Sansonnerie) et de l'Isle, neuf autres lieux habités. L’un, Les Aliziers, n’est mentionné qu’en 1901, date où il aurait tout de même abrité sept personnes – un couple et ses cinq enfants, de 1 à 10 ans. Il n’en reste apparemment aucune trace dans les parcelles cadastrées sous ce nom, dans l’angle nord-est de la commune, au bord du Véron, mais les registres des naissances montrent que la famille y était présente dès 1894.

On traitera à part des métairies : Métairie neuve, métairie de l’Isle, ainsi que de Chazotte.

Les cinq lieux-dits restants sont :

Masseville, hameau partagé très inégalement avec Cherves. En 1791, il fut question de le rattacher entièrement à Mesnac, avec Le Palain, mais le statu quo prévalut.
Dans les recensements de 1841 à 1911, sa population oscille entre 7 et 16 habitants, mais avec deux pics à 21 habitants (1841) et 26 (1901). Il n’y a pas eu confusion avec la partie relevant de Cherves : celle-ci figure dans les recensements de la commune voisine pour 62 habitants en 1841 et pour 56 en 1901. En 1869, alors que la partie mesnacoise est au plus bas (7 habitants), l’autre regroupe encore 69 individus. Il faut donc admettre une forte fluctuation, pour des raisons inconnues.
Le “fief” ou “maine” de Masseville relevait du prieuré de Gandory. Il figure à ce titre dans le dénombrement rendu en 1562 par le prieur Louis Gros :

« Item le mas et fief de terres apellé le fief de Massevilles consistant en édifice de maisons, granges, heraux, jardrins, ouches, prés, bois, vignes et terres labourables estant en laditte praincipauté de Cougnac et paroisse de Cherves et Menac* / tenant d'une part au fief du Maré ung chemin entre deux par lequel on va de Cherve cheus les Ninestz** ledict chemain entre deux / dillec tirant au terre de Jehan Augier, Yvonnet Tirat et de ses parsonniers de Jehan Suratz et de ses parsonniers ung faussé entre deux / et dilec tirant au pré de Mery Bloy et au prés desdictz Ninetz terrier et pallice entre deux / et dilec suivant le long des terres de Chazotte terrier et pallice entre deux lesdictz terriers et pallice estant de laditte piesse, / tirant jusque au chemin que lon y va de Masseville a Menat et dudict chemain retournant (le) long du bois apellé le bois des Fousses, quoy tient de la seigneurie de Coullonges / et dillec suyvant ledictz bois jusques a la terre de Louis Raymond pallice entre deux estant de laditte piesse / et dilec en retournant tout le long de la piesse de terre dudict Raymond jusques aux Brousses / dilect retournant jouxte la terre et pré dudict Raymond pallice entre deux estant ladicte pallice dudict Gandaury, jusques au mas des terres appellées les Freches teneues de laditte signeurie de Chazotes / et dilec suivant ledict mas jusques au chemin quoy va de Massevilles a la Groye pallice et terriers entre deux / et dilec suivant ledict chemain jusques au terres de Menac retournant tous le long desdite terre de Menac jusques a la premiere confrontation

lequel mas et fief a esté legué et donné a Dieu par franche aulmoune a l'eglise de Gandaury reveree et fondée en l'honneur de Nostre Dame aux religieux et prieurs dudict prieuré par ceux quy sont nommez par les cartes et instrumens con--- ? par ledict don pour estre en leurs prieres et oraisons et de toutte la religion

et pour ce que ledict chemin que lon va de Cherves chez lesdictz Ninetz estoyt au temps passé plus bas que il nest par a presant sur et vers ledict fief du Mas en lieu fort mol et dificille en temps diver pour y passer et a repasser fut pour le soullagement d'ung chacung et pour l'interez de la choze plubique osté dudict lieu bas et mis et estably au lieu ou il est de presant quy estoyt sur ledict fief de Masseville de bien douze ou quinze journaults ou plus pour laquelle surprinse et pour recompance d'icelles fut delaissé a mondict prieuré environ troys ou quatre journauls de terre a l'androit et touchant ledict fief du Mas aux terres quoy tienent Mery Blois Jehan Augier de Croy de Pict et autres dudict lieu de Cherves entres lesquels et servant de divise y a certains arbres de chenes et hormaulds. »

* On voit que Masseville était déjà partagé entre les deux paroisses.  ** Les Ninets, parfois les Vinets, mentionné aussi en 1535, devait être proche du Palain, si ce n'est l'ancien nom de ce hameau.

Masseville

Chez Surat : le toponyme ne provient pas (du moins directement) du sureau comme l’a écrit Pierre Martin-Civat, mais du nom d’une famille exploitant le lieu. On en a la preuve dans le dénombrement cité ci-dessus (« Jehan Suratz et ses parsonniers »).
Il ne reste plus que des ruines de ce hameau, et le graphique qui suit montre une décroissance assez régulière de la population entre 1841 et 1911.

Chez Surat2

Chez Samson : voir La Sansonnerie. N'apparaît pas comme tel dans les documents datés des années 1760, qui ne mentionnent que les terres d'un Boutelleau, visiblement situées dans les environs immédiats. De fait, en 1788, lorsque l'héritière de l'amiral d'Orvilliers voulut donner ses terres à ferme, elle fit appel à deux experts : un Bellot, laboureur de chez Surat, et un Boutelleau de chez Samson, qualifié de marchand - certainement un marchand de bétail, chargé d'évaluer les bovins des métairies tandis que l'autre s'occupait des champs de céréales. 

Chez Samson2

pop2

 

Chez Tessier (ou Texier) : aucune mention n'a été trouvée à ce jour dans le fonds Frétard.

Les Fraîches : "frèche" vient souvent de fraxinum, le frêne, mais cet arbre se dit en saintongeais "frâgne" et le nom de ce lieu-dit est plutôt à rapprocher de "friches", au sens de prairies basses, plutôt humides. La maison ne figure pas sur la carte de Cassini, mais est mentionnée dans le dénombrement de Gandaury (“mas des terres appellées les Freches teneues de laditte signeurie de Chazotes”).

Chez Texier  Les Fraiches 

La population de ces deux lieux-dits a évolué de façon contrastée, sauf durant la dernière décennie du XIXe siècle :

pop3

Il faut sans doute ajouter à cette liste Les Tombes, qui apparaît sur la carte "du Soulenson" (vers 1600-1610) au même titre que Mesnac, Vignolles et Chez Surat notamment. C'est à ce jour la seule mention de cet habitat. Il n'en reste plus que le nom d'une parcelle dans le cadastre. Quant à savoir quelles sépultures ont donné son nom à ce lieu...

Soulenson



Cette dernière carte montre l'ensemble des lieux habités à une époque ou à une autre. On constatera que les lieux-dits mentionnés sur cette page se trouvent à l'est de la paroisse/commune, là où certains éléments laissent supposer la présence, voire la prédominance, d'élevages. Les métairies, quant à elles, occupaient plutôt le quart sud-ouest et semblent avoir été vouées à la céréaliculture.

hameaux

 

 

 

 

 

1. Pain-Perdu

À 24 m d'altitude (et non à 30 ou 31 comme je l'avais appris dans mon enfance), c'est le point culminant de la commune et on y a tout logiquement implanté le château d'eau. Mais, probablement pour la même raison et sans doute aussi, ou surtout, en raison de la proximité de la route de Cognac à Matha, c'est maintenant le secteur "en expansion". Entre 1822 et 1854, il n'y avait guère eu d'évolution comme en attestent les cartes de gauche, mais une carte des années 1950 montrerait une situation quasi identique : les seuls changements étaient plutôt de l'ordre de la réorganisation du bâti dans le même périmètre – à supposer même qu'il n'y ait pas eu régression de la surface construite. Puis de nouvelles maisons sont apparues, d'abord le long de la route et sur la pièce de terre appelée la Coudraie, et l'étendue du hameau a fini peut-être par septupler : selon la source citée sous la rubrique Les Mesnacois, il regrouperait maintenant "au moins un tiers de la population" communale et "près de 50 foyers", contre sept en 1894. Mais cette croissance fut tout sauf linéaire : comme on l'a vu, Basque dénombrait 66 habitants en 1857 et Martin-Buchey seulement 39 en 1915.

Pain Perdu2 ancien cadastre napoléonien (1822)

Pain perdu 2008

plan approximatif d'après une photo aérienne de 2008

(le plan cadastral qui suit montre que l'extension a continué,

notamment sur la pièce dénommée "le petit bois").

 

 pain perdu 1857

carte de Lacroix (1857)

 

Le hameau est doté d'un four qui vient d'être restauré en 2012-2013 et qu'on rallume maintenant chaque année pour une fête du pain. Cette restauration n'est pas la première : selon un acte notarié publié par Mme Mercier dans Aguiaine n° 265 (mars-avril 2008), les habitants de Pain-Perdu se seraient regroupés en 1894 pour rebâtir leur four, construit en 1764 et qui aurait pris feu à une date indéterminée. Sur la base de ce document, on a avancé l'idée selon laquelle le hameau, jusque là appelé la Coudraie, aurait été rebaptisé à la suite de cet incendie. Le malheur est qu'il existe un Pain-Perdu à Mesnac depuis bien plus longtemps.

Dans le dénombrement rendu en 1649 par le dernier seigneur de l'Isle-Mesnac, il est question d'une "mothe du pin perdu" qui se situait vraisemblablement dans le marais ou à proximité, mais surtout d'"une pièce de terre au Véron tenue par Thoisnet Texandier de Pin Perdu" – et cette fois, il ne s'agissait pas d'une motte, c'est-à-dire d'un pré ou d'un bois entouré de fossés.

Mais on peut remonter plus loin : sous François Ier, Jean de Puyrigaud mentionne pour sa part "ung boys appellé Painperdu assis en la parroisse de Mesnac" : à défaut du hameau, le nom existait déjà dans la première moitié du XVIe siècle (cet aveu remonte peut-être aux environs de 1515 plutôt qu'à la fin du règne).

La carte de Claude de Chastillon, topographe de Henri IV mort en 1616 ("Carte particulière des environs de l'estan ou lac de Soulenson pres la ville de Cognac entre les rivières de la Graneuse et Charante") démontre clairement l'existence d'un lieu habité :

pain perdu 1610

Certes, Chastillon le dénomme "les Poinctz perdu" mais, de même qu'il situe approximativement beaucoup de lieux-dits (ainsi Le Marais et Masseville), il déforme parfois les toponymes – Vaujompe devient Vauconche, par exemple, et Chazotte Chalotte – et on se gardera donc de spéculer sur ces "points". Au reste, les Pain-Perdu sont nombreux en France et on range en général ce toponyme parmi les noms évoquant une terre ingrate : Tout-y-faut, Gâte-Bourse, Malassis... Pain-Perdu. André Pégorier glose : "endroit peu propice à la culture (Centre de la France)" ; certains ont même pensé qu'il s'agirait d'une corruption de "peine perdue". Bizarrement, malgré la fréquence des villages dénommés Les Pins et bien que l'orthographe Pin-Perdu se retrouve assez souvent, personne ne semble avoir pensé à l'arbre. Mais l'explication par l'incendie d'une fournée, avancée en 2008, apparaît séduisante : après tout, l'incident ne devait pas être si rare et cette terre ne devait pas être si improductive, y compris en froment, à en juger par la rente que devaient verser les gens de Pain-Perdu à leur seigneur d'après la déclaration qui suit. À tout le moins, on peut parler de remotivation.

En effet, le fonds Frétard (AD 17, 20J13) conserve la copie d'une déclaration de 1658 dans laquelle, comme pour le four, les habitants (ou simples tenanciers) de Pain-Perdu semblent constitués en communauté – de sorte que nous disposons là, en principe, de leur liste complète. Agissant au nom de la vingtaine de chefs de famille du hameau, un huissier ("praticien"), un tisserand et deux autres rendent aveu à Josias Chesnel d'une possession collective, qui se limite à deux mas de terre : Pain-Perdu même et le Petit Bois. On relèvera au passage que ces deux terrains relevaient de la seigneurie de l'Isle, acquise par Josias en 1655 : le dénombrement fait sans doute suite à cet achat.

Declaration du village de pain perdu 1658

Pardevant moy notaire royal gardenotte hereditaire en Angoumois soubz signé et presants les tesmoings bas nommés

ont esté presants en leurs personnes maistre François Briand pratitien demeurant au bourg de Mesnac / Rulier, Brandy et Pierre de la Font texier en toilles demeurant au village de Pain Perdu parroisse dudit Mesnac

faisant tant pour eux que pour Charles Demontis escuyer sieur de la Sansonnerye, Jean Texandier l'aisné, Pierre Macouin, Jean Joyeau, Pierre Texandier, Anthoine Besson, Agatte Mesmain vefve de Jean Gourson, Marye Texandier vefve de Jean Gourson le jeune, François Bouet, Pierre Besson, Jeanne Brandy, Pierre Cuette, Pierre Fougere, Jean Gourson l'aisné, Charles Macouin, Jean Thibaud, Pierre Blois absantz

lesquelz et esdictz noms de leurs bonnes volontés ont par ces presantes declaré et advoué tenir de haut et puissant messire Jozias Chesnel chevallier seigneur de Reaux, Chasteau Chesnel, Mesnac, Chozotte, Escoyeux, Vignolle, L'Isle de Mesnac et autres places, demeurant en sondit Chasteau Chesnel parroisse de Cherves à cause de sad. seigneurye de Lisle de Mesnac

Scavoir est

un mas de terre ou sont siz et sittués les maisons et bastimants apellé le village de Pain Perdu contenant le nombre de douze journeaux quarante cinq carreaux à l'herpand d'Angoumois quy est de quatre vingt neuf carreaux un tiers de dix huict pieds en carré, confrontant d'un costé au chemin par lequel l'on va du bourg dudit Mesnac à la croix de Painperdu et d'autre costé au mas de terre apellé le Vairon tenu à droict d'agrier dudit seigneur à cause de sad. seigneurye de l'Isle pallisse entre deux, d'un bout au mas de terre apellé le champ des Fosses fossé entre deux, et d'autre bout à la terre de Jean Texandier l'aisné qu'il tient à droit d'agrier dudit seigneur à cause de saditte seigneurye de l'Isle chemin entre deux,

plus un autre mas de terre estant en pointe se joignant l'un l'autre, chemin entre deux, contenant dix journeaux soixante trois carreaux et demy au susd. herpend au lieu apellé le petit Bois confrontant d'un costé au chemin que l'on va de Cognac à Masta à main senestre et d'autre part au chemin que l'on va dudit bourg de Mesnac à la croix dud. Pain perdu, d'un bout au fief de vigne apellé le champ des Vignes, fossé entredeux, et d'autre bout au mas de terre apellé le champ du Pré tenu aussy à droit d'agrier dudit seigneur à cause de sad. seigneurye de l'Isle et retournant jusqu'au mas de terre apellé les Lepasses, fossé entre deux, despendant de la mestairye dudit seigneur apellée l'Isle

au debvoir de trois boisseau bled fromant, vingt solz en argent, deux chapons, une poulle et un boisseau advoine à la mesure de Cognac par chacun an en chascun jour et feste de sainct Michel de rente noble dirette et foncière randue et portée par lesdictz advouants esdicts noms ont promis et s'obligent continuer payer à l'advenir audit seigneur annuellemenat es chascun dit jour et feste de sainct Michel tant et si longuemant qu'eux et les leurs auront cause à l'advenir seront detempteurs desd. lieux

à la charge de veriffier toutefois et quantes qu'il plaira audit seigneur et à leurs despans et à ce faire et accomplir ont lesdictz advouants esdictz noms obligé et ipotéqué tous et chascun leurs biens presants et futurs et sur ce faict toutes renociations et soubmitions au cas requis

faict au pont de sainct Sulpice maison où demeure Pierre Caillaud marchant et en sa presance et de maistre Jean Robert sergent royal demeurant au village de la Garnerye parroisse de Cherves tesmoings requis

et ont tous fors ledit Briand et Robin declaré ne scavoir signé Le vingt cinquiesme febvrier mil six cent cinquante huict avant midy
Ainsy signé en la minutte des presants, Robin Gabeloteau notaire royal hereditaire...

 1658

Certes, on ignore où se trouvait la terre de Jean Texandier, de sorte qu'on ne peut délimiter le mas de Pain-Perdu à l'ouest, sauf à calculer son emprise en se fondant sur sa superficie de 12 journaux 45 carreaux. Si le pied est celui d'Angoumois, soit 34,7 cm, ce qui met le carreau à 39 m2 et le journal à 3485 m2 (39 x 89,33), on aboutit à une surface de 43 577 m2, soit près de 4,5 hectares. Il suffirait d'une largeur de 150 m environ, la longueur de la pièce comprise entre le(s) Vairon(s) et le chemin de Mesnac à Pain-Perdu atteignant au moins 300 m  telle qu'on peut la mesurer sur le cadastre en ligne. Mais cela supposerait d'exclure la Coudraie et ses 2,5 ha environ... ou bien, ce qui paraît plus probable, de ne pas faire entrer en compte la surface bâtie (2,3 ha ?). Accessoirement, on notera que la Coudraie, même si elle ne portait peut-être plus de noisetiers ("coudriers"), ne comportait aucune construction d'après les cartes les plus anciennes...

Quant au Petit Bois, ses 10 journaux 63,5 carreaux feraient à peu près 3,7 ha, alors que la pièce actuellement cadastrée sous ce nom semble ne mesurer que 3,1 ha au plus. La mesure était-elle approximative ou faut-il décaler les Lepasses (nom de la bardane en saintongeais) et le Petit Pré vers le bas (le sud) de manière à retrouver le demi-hectare manquant ? Le Petit Pré est seul mentionné dans le dénombrement de l'Isle de 1649, mais sans localisation précise : « plus une pièce de terre appellée le petit pré / autrement l'Esseris / renfermée de toutes pars de palisses, fossés et chemains / prés et buissons »Le mot « Esseris » a peut-être été mal lu mais il paraît être un mixte d’« esserts » (ou « essarts ») et d’« essepis », deux termes à peu près synonymes et qui indiquent le résultat d’un défrichage. On rappellera à ce propos que la carte de Cassini (1766) montre des bois autour de Pain-Perdu.

image019

 

2. La Sansonnerie

Le souvenir des Sanson demeure dans deux toponymes de Mesnac : la Sansonnerie tout au nord et Chez Sanson tout au sud. Cependant, je n’ai pas rencontré ce nom dans les archives auxquelles j’ai eu accès. Peut-être faut-il le lier au hameau, plus important, de Chez Sanson dans Migron : la famille aurait essaimé comme les Picq de La Croix de Picq, dans Cherves, et de la Terre aux Picq (devenue la Terre aux Pies), dans Mesnac.
La Sansonnerie a abrité ce qu’il est convenu d’appeler un peu improprement une « maison noble », ce à compter du début du XVIIe siècle : un Charles, sieur de la Sansonnerie, fils de Charles Demontis, seigneur de l’Isle (mort vers 1620), est mentionné comme on l’a dit en 1632, puis encore dans les années 1650-1660, notamment à l’occasion du procès intenté à son neveu pour une tentative de mariage forcé. Il a probablement eu un fils, Pierre, également sieur de la Sansonnerie, qu’on ne connaît que par le remariage de sa veuve, Catherine Couvidou (de la famille des seigneurs de Fleurac), vers 1690. Dans les années 1760, apparaît dans les documents un Jean Birot, également sieur de la Sansonnerie, probablement procureur fiscal de la « baronnie du Seurre » mais qualifié de « bourgeois de Saintes » dans les pièces d’un procès intenté par sa veuve Marguerite Perreau vers 1788.

« On trouve, à une lieue de ce premier amas de plâtre [celui de Cherves] et dans la même direction [à partir de Cognac], un second amas au lieu dit La Sansonerie. Le banc de plâtre n’a que trois pieds d’épaisseur, & n’est recouvert que de six à sept pieds de marne argileuse. Cet amas, qui est exploité comme le premier, ne fournit que du plâtre blanc & du lard [plâtre à filet, gypse strié]. Il y a des blocs de plâtre blanc, qui ont reçu une teinte de couleur de chair. » Nicolas Desmarest, Encyclopédie méthodique, 1794, article « Angoumois », p. 625-626.

 

 

Mairie2Cette mairie-école bâtie en 1891-1896 par l'architecte cognaçais Isidore Brunetaud (voir le Dictionnaire biographique des Charentais, Le Croît vif, 2005) remplaçait une mairie précédente, dont la trace subsistait assez récemment encore le long de l'actuelle route des Fosses, ainsi qu'une première école, probablement proche aussi, qui avait bénéficié de travaux en 1874 (voir l'article Geay, dans le même dictionnaire). Vignolles - avec ou sans s - a donc assumé le rôle de "capitale administrative" de la commune dès les débuts de la IIIe République au plus tard, et probablement sous le Second Empire déjà. Le village a certainement dû ce privilège peu banal, acquis au détriment du bourg éponyme, à sa position centrale, au croisement de surcroît des deux principales routes de la commune.

 

Mais cette situation avantageuse ne remontait pas à si longtemps. Si l'on se reporte au cadastre de 1822, on constate que Vignolle était longé, ou plus exactement contourné, par le chemin de Cognac, mais n'était relié aux autres hameaux (Pain-Perdu, Les Fosses) que par des voies très peu rectilignes  :

Vignolles

 

En 1854, le chemin n° 1 direct vers Mongaud et Cherves fut supplanté par une déviation, une nouvelle branche sud du "chemin n° 21 de grande communication d'Aubeterre à Matha", franchissant le Fossé du Roy par le pont du Peyrat :

 

Vignolles 1854

 Dernière étape, non datée : l'aménagement d'une route directe de Vignolle aux Fosses, d'où la configuration actuelle en croix :

Vignolles 2018

 

Mais Vignolle revenait d'encore plus loin : jusqu'au milieu du XVIIe siècle, le village dépendait, non directement de Chazotte, mais de seigneurs des environs, qui le tenaient en arrière-fief. Selon Pierre de Puyrigaud dans son dénombrement de 1441, son "hostel de Vignolle" était tenu par le seigneur de Bréville. Mais un hommage de 1472 a été rendu par Jeanne de Coulonge, veuve de Jean du Chemin, à Jean de Puyrigaud et Vignolle restera durablement lié à Coulonge . L'hommage suivant, à un autre Jean de Puyrigaud, fut ainsi, en 1533, le fait de Jean de Montalembert, seigneur de Varaize et de Coulonge, qui eut de Jeanne de La Chambre, dame de Geay, épousée en 1520, Pierre, gouverneur de la ville et château de Cognac de 1553 à 1562. À celui-ci succéda son fils Guy, qui fut parrain de la cloche de Saint-Sulpice en 1595, mais cette branche des Montalembert s'éteignit à la génération suivante avec Jonas, mort sans descendance, jeune probablement. Coulonge et Vignolle passèrent alors aux Chasteigner, peut-être issus de la sœur de Pierre, Andrée, "mariée dans la maison de Chasteigner. D'elle descendait la branche de Coulonges", aux dires de Courcelles. Cela étant, si la généalogie des Montalembert de Varaize est incertaine, celle des Chasteigner est encore plus compliquée et elle est muette quant au rameau qui nous intéresserait ici. Toujours est-il que le dénombrement rendu à Charles Chesnel en 1626 l'a été par Marie Chasteigner. Celle-ci fit donation de Coulonge à Louis de Chaban, seigneur de La Vignat, qui céda à son tour la seigneurie à Jean de Cursay (ou Curzay), un protestant seigneur de Boisbretaud en Rouillac. Vignolle ne rejoignit la seigneurie de Chazotte que sous Josias Chesnel, qui l'acheta à Charles de Curzay, fils de Jean, en 1656, pour 7 000 livres. 

 

Les Fosses relevaient probablement aussi de Coulonge. Selon le dénombrement de Gandory daté de 1562, le fief de Masseville, dépendant du prieuré, avait une de ses limites au “chemin que lon y va de Masseville à Menat et dudit chemin retournant le long du bois des Fousses, quoy tient de la seigneurie de Coullonges”. Ce bois est-il celui de la Charbonnière, ou a-t-il disparu ?

Le nom de Vignolle(s), très ancien, dénonce l'existence d'une petite vigne (vineola), dont le cadastre a gardé trace au nord-ouest du village : sans doute l'une des rares vignes de la paroisse avant le XVIIe ou le XVIIIe siècle. Quant au toponyme “Les Fosses", on l'a souvent rapproché à tort du nom du village voisin “Le Marais” ; le mot renvoie à des excavations, à tout ce qui peut être creusé artificiellement : mares, carrières pour l'extraction du plâtre (nous ne sommes pas loin de Champblanc) ou, peut-être plus sûrement dans la mesure où l'existence d'une chénevière est attestée vers 1760, fosses pour le rouissage du chanvre. En tout état de cause, l'altitude du hameau (voir "Géographie de la commune") exclut a priori toute explication par la nature marécageuse du lieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Même si le gentilé officiel ( ?) semble être « Mesnacais », je me suis toujours senti « Mesnacois » ! C’est donc le mot que j’utiliserai.)
     
     1. Évolution de la population

Selon Boissonnade (Essai sur la géographie historique et sur la démographie de la province d’Angoumois du XVIIe siècle au XIXe, Angoulême, 1890), les Mesnacois, donc, étaient 318 au début du XVIIIe siècle (1700-1726) mais Saugrain (Dénombrement du royaume, tome I, p. 269), en 1709, période noire il est vrai, ne comptait que 68 feux, soit peut-être moins de 300 habitants (202 feux à Cherves, 120 à Bréville...) ; en 1720, le même en dénombrait 70. 

On renverra à l'article "Mesnac" de Wikipedia pour le tableau complet de la démographie communale depuis la Révolution. On y constatera :

* une croissance assez continue de 1793 (398 habitants) à 1831 (566 hab., mais ce dernier chiffre est douteux, comme les 460 mentionnés par l’abbé Cousin pour 1791 ; Boissonnade ne donne que 480 habitants en 1830) ;
* ensuite, la population se maintient juste au-dessus de 500 habitants jusqu’en 1872 – Boissonnade parlant même de 702 habitants en 1860 contre 514 dix ans avant et 505 dix ans après ! – avant que ne se fassent sentir les effets de la crise du phylloxera,
* mais, une fois le plus bas atteint (1886 : 436 habitants), on assiste à une légère reprise (499 habitants en 1901), suivie d’une nouvelle décrue, très forte pendant le premier quart du XXe siècle (- 190 habitants entre 1901 et 1926 !), mais qui se prolonge jusqu’au début des années 1980 : la population oscille alors autour de 250 habitants, soit une chute de moitié par rapport aux années 1830-1870. Jusqu’ici, ce schéma n’a rien d’original : on retrouve à peu près le même dans les communes voisines.
* mais, ces trente dernières années, la croissance démographique a repris et les Mesnacois sont maintenant plus de 400 (environ 415 depuis 2011).

 

Mesnacois

Des habitants de Vignolles il y a probablement près de cent ans. Détail d'une carte postale reproduite dans le blog de Sylvie Bernard
qui mérite bien quelque publicité, ne serait-ce qu'en contrepartie de cet emprunt (voir vers le bas de la page).

    
     2. Les Mesnacois habitent de moins en moins à Mesnac même

On a vu (Géographie de la commune) que le centre de gravité de la commune s’était déplacé vers Vignolles, désormais plus peuplé que le bourg. Quand le rapport s'est-il inversé ? Une comparaison des données fournies par J. B. A. Basque, (Dictionnaire des communes... de Charente, 1857) et par J. Martin-Buchey (Géographie historique et communale de la Charente, t. 2, 1915, p. 95-96) ne donne qu'une fourchette trop large :

  1857 1915
 
Mesnac (bourg) 176 35 % 102 26 %
Vignolles 105 21 % 134 35 %
Pain-Perdu 66 13 % 39 10 %
Les Fosses 72 14 % 67 17 %
Chez Sanson 17  (16,5 %) (44) (11 %)
Chez Surat 16
La Sansonnerie 15
Les Fraîches 15
Masseville (en partie) 12
L'Isle 11
Métairie neuve 7

Chez Texier

5
TOTAL 502 /517   386  

     

Les chiffres du recensement, accessibles de 1841 à 1911 sur le site des archives départementales, permettent de préciser la date : au tout début de la IIIe République, en 1876 à peu près : 

pop hameaux 
Le premier tableau montrait aussi, accompagnant celle de la population totale et du bourg, une nette décrue des petits habitats isolés qui ne regroupaient plus que 44 habitants en 1915, contre 83 en 1857, et même, plus surprenante quand on sait que ce hameau abrite aujourd’hui un tiers des Mesnacois – selon un article de la Charente libre du 30 décembre 2014, on y serait passé de « sept foyers en 1894 à près de cinquante » – une forte diminution de la population de Pain-Perdu. Le second tableau inciterait à relativiser ce constat. D'une part, selon les recensements officiels, le nombre d'habitants de Pain-Perdu aurait été de 54 en 1846 comme en 1861, puis, tombé à une petite quarantaine ensuite, aurait chuté de 44 à 29 entre 1881 et 1886, avant de remonter à 44 en 1896. Aux Fosses, en revanche, c'est en 1876 que serait intervenu un net fléchissement, d'ailleurs vite comblé mais qu'il faudrait essayer d'expliquer...
     

3. Un village de tourneurs

Évoquant le Mesnac d’avant la Révolution, Pierre Martin-Civat (Cognac et le Cognaçais pittoresque, 1972, p. 319-320) cite pêle-mêle des familles « Joyaux, Lacoste, Dousset ou Boisferon, Hergonneau, Baron, Laubier, Chaillot ou Bouteleau », où l’on était « laboureurs à bœufs ou à bras, maçons, charpentiers, tisserands, marchands en relations constantes avec le négoce et ses facteurs d’eau-de-vie, propriétaires déjà aisés... ». Puis, sous la Monarchie de Juillet, il note « quelques solides aisances avec les Bouchard, les Aubouin, les Laubier, les Jean, les Bouteleau, les Brunet et les Lacoste ». Enfin, vers la fin du Second Empire, il mentionne le boulanger Roque, les épiciers-merciers Guichard et Savarit, le tonnelier Ollivier, le cordonnier Alexis Roy, le cafetier-marchand de bois Déméré et, vers 1900, il dénombre « sept négociants d’eau-de-vie et distillateurs, dont quatre à Vignolles ».

Mais, grâce au fonds Frétard, on peut remonter plus loin que ne le permettent les registres d’état civil consultables en mairie. En 1533, on découvrira des laboureurs à bœufs ou à bras nommés David, Aubineau, Courtois, Gaillon, Jean, Nepnonault, Pommier, Robert, Sicard ; le curé Souldier et son père marchand de laine, le meunier André Renou de Chazotte, le prévôt Sanzay et le juge Sauvan.
Cependant, la pièce la plus intéressante est le terrier de 1763-64 bien qu’il soit incomplet

Le terrier est un recueil d’actes passés devant notaire par lesquels les tenanciers reconnaissaient tenir du seigneur (dans ce cas l’amiral d’Orvilliers) la ou les parcelles dont ils étaient possesseurs à titre précaire et lui devoir telle ou telle redevance, ici agrière ou rente. La reconnaissance comportait l’identification de la parcelle, par sa nature (terre, pré, bois, vigne....), par sa contenance, par sa situation (paroisse, lieu-dit, etc.) et ses confins (confrontation) dont sont donnés également nature et possesseurs.
Agrier ou agrière : la portion de la récolte (généralement 1/12e) due au seigneur. C’est donc un prélèvement variable selon ce que la terre donne alors que la rente dont on a quelques cas ici est un prélèvement fixe, en argent le plus souvent, mais aussi en grain, en volailles…

Exactement la moitié des 38 déclarants (qui ne sont pas tous de la paroisse) sont laboureurs (14) ou journaliers (5) ; parmi les premiers, un seul est identifié comme laboureur à bras, 4 sont des laboureurs à charrue. On compte en outre 3 marchands – probablement de bestiaux, vu l’étendue des terres qu’ils exploitent à l’est de la paroisse (Pierre Bastard des Fosses et ses deux beaux-frères de Matha) et 11 artisans. Parmi ces derniers, il y en a 4 qu’on pouvait s’attendre à trouver : un maçon (Jean Touard à Vignolles), un maréchal ferrant (François Brandy au Marais) et deux tisserands (Christophe Bigot au bourg et François Rullier à Vignolles). La surprise, et la découverte, c’est l’existence, parmi les 15 déclarants du bourg de Mesnac, de 7 tourneurs en bois (Jean Brandy, Pierre Tenot, Michel Émery, Jean Thibaud, Guillaume Chebineaud, Jean Rambaud, François Cuette) et de la veuve d’un huitième (Nicolas Lamiraud). Il s’agissait visiblement de l’artisanat local…
Cette spécialisation du bourg remontait au moins au siècle précédent : on a trace en 1669 d’un « Julien Cousseau, tourneur en bois, demeurant au bourg de Mesnac », qui avait épousé une fille d’Aujac (« Monographie de la commune d’Aujac » par M. Égreteau, Recueil de la Commission des arts de Charente-Inférieure, 1897, p. 52).
Que fabriquaient-ils ? Selon le dictionnaire de Richelet (1680), le tourneur est "un artisan qui façonne du bois au tour, & qui fait tables, chaises, gueridons, armoires & cabinets de bois de noier, & pour cela on l'apelle quelquefois tourneur en bois de noier pour le distinguer du tourneur en bois blanc qui ne fait que des chaises de paille sans être tournées, des échelles & autres choses de bois blanc."
   
     4. Personnalités liées à la commune

On trouvera ailleurs la biographie de Geoffroy de Beaumanoir, considéré jusqu'ici comme le premier seigneur de Mesnac, celle de l’amiral d’Orvilliers, qui bâtit l’hôtel baptisé aujourd’hui « château de Mesnac », ou encore le peu qu’on sait du Demontis dont Agrippa d’Aubigné nous apprend qu’il combattit du côté protestant pendant les Guerres de Religion, sous le nom de « Lisle-Ménac ».

Anatole ANDRÉ (Mesnac, 12 avril 1862 - 1920) était le fils de l’épicier du bourg (qui ne savait pas signer). Il fit ses études à l’école normale de Poitiers puis, après avoir été instituteur adjoint en Charente, entra en 1885 à l’École normale supérieure d’instituteurs de Saint-Cloud. Il fut ensuite maître adjoint dans les écoles normales de Saint-Brieuc et de Rennes avant d’être nommé en 1893 inspecteur de l’instruction primaire, avec pour premier poste Montmorillon. Il passa ensuite à Cahors (1897) et à Alençon (1901). Là, il se lança dans la politique, entrant au conseil supérieur de l’Alliance républicaine démocratique (centre gauche) et prenant la tête du journal républicain l’Avenir de l’Orne. Il échoua aux élections de 1906. Franc-maçon, il était violemment pris à partie par les cléricaux du département, où il se trouvait encore en 1911. (Pas d’informations sur la suite, jusqu’à sa mort prématurée à 58 ans).
Il est l’auteur d’Une aventure de François Ier (1890, voir "Les ponts"), mais aussi d’un Livre d’écriture (1895) proposant des modèles pour les écoliers, maintes fois réédité. Il avait épousé en 1888 la fille des instituteurs de Mesnac, les Laidet.    

Jean JOUBERT, dit Rabajoi (Mesnac, 31 mai 1884 – Cherves, 7 mai 1934), peintre, graphiste et polytechnicien, est né aux Fosses, où sa mère était venue accoucher chez ses parents Archambaud.
A fait partie à Cognac du groupe des Amis des arts, devenu en 1912 la Palette cognaçaise, créé par Geo Maresté et Olivier Flornoy. Devenu prof à Polytechnique où il avait été admis en 1904, spécialisé dans la résistance des matériaux, il aurait commencé avec Maresté une étude sur le « poids de la lumière » interrompue par la guerre de 1914-18 qu’il fit comme capitaine d’artillerie (Charente libre du 18 février 2009, interview de Gérard Dufaud).
Il a publié La Saint-Guy, petit atlas de pathologie externe à l’usage des gens du monde, 56 lithographies (1913), Quelques dessins sur la guerre (1917), Biarritz (autre album de caricatures, vers 1920) et on peut trouver sur Internet deux couvertures de lui pour Vanity Fair (vers 1914). Voir aussi François Wiehn, Dictionnaire des peintres de Charente (Geste éditions, 2016). 
 Il décora l’Escale à Saint-Tropez de paysages, de courses de taureaux, de personnages et de trompe-l’œil exécutés aux ciseaux : Colette y fait référence (O. C., tome 10).
 « Artiste de grand talent, homme intelligent et cultivé, Rabajoi avait rénové les arts de la décoration, de la caricature et de l’affiche, avec autant de hardiesse que de goût. Si sa carrière ne fut pas aussi éclatante qu’elle aurait dû l’être, c’est que Rabajoi était d’une indépendance totale et farouche et qu’il préférait ses fêtes de Saint-Tropez ou ses méditations dans la Charente à la vie fiévreuse de la capitale » (Ouest-Éclair du 12 mai 1934).

Le général Pierre ANDRÉ (1889, Mesnac - 1964, Paris). Fils aîné d’Anatole, alors en poste à Rennes, il est né à Vignolles, sa mère étant venue accoucher chez ses parents Auguste et Marie Laidet, les instituteurs de la commune. Élève de l'École des langues orientales (russe, arabe), puis engagé volontaire, il est fait prisonnier en 1916, à Verdun où son frère cadet trouve la mort. Mais il a fait l’essentiel de sa carrière dans les troupes d’infanterie coloniale (tirailleurs) : Algérie, Maroc, Syrie, Madagascar, Indochine. Lors de la deuxième Guerre mondiale, rapatrié en 1941, le colonel André est nommé commandant militaire du département du Var, puis commandant de la division territoriale de Constantine (Algérie), avec le titre de général de brigade : il est alors  responsable de la zone arrière d'armée des troupes françaises et alliées se battant en Tunisie contre les puissances de l'Axe. Il restera dans le Constantinois jusqu’à sa retraite (juillet 1946), précédée de sa nomination comme général de division, et ses rapports sont fréquemment cités par les historiens de la guerre d’Algérie, notamment à propos de l’insurrection de mai-juin 1945.
Source : La guerre d’Algérie par les documents, tome I (1943-46), sous la direction de Jean-Charles Jauffret, Service historique de l’armée de terre, 1990 (p. 511). P. André est également mentionné dans Pouvoir politique et autorité militaire en Algérie française, de Michel Hardy et al., 2002 (p. 272).

M. Lionel Fricaud-Chagnaud, apparenté à la famille André, me signale que Pierre André est l'auteur de plusieurs études ou romans, sous son nom ou, plus souvent, sous le pseudonyme de Pierre Redan (anagramme qui, par chance, a une connotation militaire !). Une première série de publications date des années vingt : La Cilicie et le problème ottoman, commentaire de l'occupation française de 1918 à 1921 (1921) ; L'Islam et les races (2 vol., 1922, où "il insiste sur les différences entre l'Islam arabe et son héritier l'Islam turc, et sur la subordination croissante de la foi à la politique", écrivit un spécialiste qui releva par ailleurs quelques approximations historiques tout en notant la sûreté de son information sur les régions où André avait été en poste) ; Aux confins du pays berbère, journal de route (1922) ; Du temps où j'étais pirate (1922) ; L'Islam noir (1924) ; et deux romans en collaboration : L'étendard vert (1926) et La captive de Kurd-Mourad (1931). Il ne reprit ensuite la plume qu'une fois retraité : Ce que devient l'Islam devant le monde moderne (1952, en collaboration), L'Asie menace, l'Afrique attend : la mission de la pensée française (1953, en collab.) et Le réveil des nationalismes (1958).
    

Charles BOUTELLEAU (Logis de Coulonge, 1903 - Saint-Cloud, 1987). Propriétaire de l’hôtel d’Orvilliers, il a fait à la Métairie neuve des essais de ferme modèle plutôt infructueux. C’est avant tout un ingénieur, inventeur et industriel : à partir de 1928, il met au point et commercialise sous la marque Mélodium des microphones qui connaissent un large succès ; en 1948, dans les mêmes locaux de la rue Lecourbe à Paris, il crée la machine à laver Laden, qu’il dote en 1960 du premier dispositif d’essorage.

Ginette MERCIER, dite "La petite Châtenette" (Bordeaux, 1925 - ), "patoisante". Le saintongeais de ses monologues est celui de Mesnac, appris auprès de sa grand-mère de Pain-Perdu, Anatolie Châtenet - d'où son châfre.