Le décret de Louis-Napoléon Bonaparte, du 13 décembre 1851, qui constituait la commission consultative, comportait un quatrième et dernier article ainsi rédigé : « M. Denis Lagarde, ancien secrétaire-rédacteur de l'Assemblée législative, est nommé secrétaire-rédacteur, chef du service des procès-verbaux de la commission consultative. » Denis-Lagarde restera chef du service jusqu'en 1863. Lui succéda alors, pour trois ou quatre ans, Alexandre Tardieu ; Pierre Maurel-Dupeyré, qui l'avait pourtant précédé dans le service, dut attendre son tour jusqu'en 1866, mais il restera en place jusqu'en 1890.

On a noté en bleu le nom de ceux qui, comme lui, poursuivront leur carrière sous la IIIe République.


11. Alexandre TARDIEU

(Rouen, 1803- Paris, 1868). Entré en avril 1852, il succéda comme chef à Denis Lagarde en 1863, jusqu'à son départ en janvier 1867. Avocat, né à Rouen dans une famille d'artistes : une dynastie de graveurs et un père peintre d'histoire. Frère de Jules, éditeur. A tenu la rubrique des Beaux-arts dans divers journaux. A publié pendant près de trente ans, dans plusieurs grands journaux de Paris (le Courrier français, le Constitutionnel,…), de nombreux articles sur des sujets de littérature, de beaux-arts et d'archéologie. « Il a notamment rendu compte de plusieurs salons dans le Courrier français (tout en y tenant peut-être la rubrique parlementaire, si l'on en croit les Indiscrétions contemporaines). Les articles qui ont paru dans le Constitutionnel, sur l'exposition universelle de 1855 et sur les Salons de 1857 et de 1859, sont également de lui. M. Alexandre Tardieu a inséré, en 1855, dans les Archives de l'art français, t. IV, une notice sur les Tardieu, les Cochin et les Belle, graveurs et peintres, où il a rappelé sommairement les travaux considérables que plusieurs générations de ces artistes, ses parents, ont exécuté dans une période de près de deux siècles. »
André Tardieu, trois fois président du Conseil entre 1929 et 1932, descendait d'une branche collatérale.
Source principale : Ed. Frère, Manuel de bibliographie normande, ou Dictionnaire bibliographique et historique, 1858-60.


12. Pierre MAUREL-DUPEYRÉ

(Le Moule, 1817 - 1893) est issu d'une famille de planteurs de la Guadeloupe (son frère cadet sera avocat général à Chambéry). D'abord journaliste et secrétaire, puis chef de cabinet de Louis Blanc, il débat en 1842 dans la revue de celui-ci (Revue du progrès politique) avec Victor Schoelcher, suggérant une transition entre l'esclavage et la liberté afin de préserver les intérêts des colons créoles. À Paris, en 1848, il porte à l'Hôtel de Ville l'adhésion de ses compatriotes guadeloupéens à la République.
Auteur en 1844 d'une comédie historique (en 3 actes, mêlée de chants), Paris bloqué, ou les derniers jours de la Fronde, qui tirait sur le vaudeville. A aussi publié dans Le Constitutionnel quelques romans historiques et, en 1856, une longue nouvelle, Nelly (aventure créole) ; a donné en 1882, à l'Odéon, sous le pseudonyme de Félix Portland, Mauritius and C° ou Rotten-Row, comédie anglaise passablement décriée par la critique (« C'est le troisième membre de la sténographie parlementaire [sic] qui se fait représenter à l'Odéon depuis trois semaines », note alors la Gazette anecdotique - les deux autres étaient Hippolyte Lemaire et Ernest Boysse). La Revue encyclopédique (1893, p. 200) mentionne de lui deux romans publiés dans Le Temps : Blanche-Marie (1891) et Le Collier de perles (1893). En 1886, il avait fait paraître Le procès-verbal de la vie (voir infra).
Entre à l'Assemblée nationale en 1848, sur la recommandation de Louis Blanc, et reste secrétaire-rédacteur sous l'Empire ; chef adjoint en 1866 et chef en 1867, jusqu'en décembre 1889 (à 72 ans !). En 1869, est envoyé à Londres par son administration pour faire rapport sur "Les Usages du Parlement anglais" (publié en 1870).
Voici la notice nécrologique, signée " G. B. " (vraisemblablement Gaston Bergeret), qui parut en 1893 dans la Revue bleue (I, p. 128) :

« M. Maurel-Dupeyré, chef honoraire des secrétaires-rédacteurs de la Chambre des députés, qui est mort la semaine dernière, avait vu passer bien des régimes ; d'abord journaliste et secrétaire de Louis Blanc, il était entré comme rédacteur du procès-verbal à l'Assemblée nationale en 1848 ; il a, pendant quarante ans, dirigé le service du compte rendu analytique. C'est lui qui a créé ce service, qui en a constitué l'esprit et les traditions, au milieu de toutes les difficultés résultant de l'instabilité de nos gouvernements. Ce n'est pas, en effet, une médiocre entreprise que de concilier l'exactitude et l'impartialité, qui sont les besoins professionnels de ce service, avec les exigences successives et contradictoires des partis politiques et des prétentions personnelles des hommes qui conquièrent alternativement la faveur parlementaire. À force de tact et de bonne foi, de courtoisie et de fermeté, il était arrivé à désarmer la passion, et les comptes rendus qu'il a signés sous la République comme sous l'Empire, étaient universellement acceptés comme la reproduction aussi fidèle que possible de la vérité. Les secrétaires-rédacteurs qu'il a formés ne peuvent aspirer qu'à suivre ses enseignements et son exemple. Tant d'événements dont il a dû être le témoin muet et inactif avaient fini par imprimer à son caractère une résignation indulgente et un peu mélancolique. Peut-être ne croyait-il plus beaucoup aux vertus politiques, mais le spectacle des changements ne lui avait laissé aucune amertume, et c'est avec une sérénité philosophique qu'il regardait passer les faiblesses des hommes. Maurel-Dupeyré appartient aux lettres par des œuvres discrètes, pour lesquelles il n'a pas cherché le bruit : quelques nouvelles d'une finesse exquise, une pièce intitulée Rotten-Row, jouée sous un pseudonyme à l'Odéon, beaucoup d'articles épars çà et là, et un livre de philosophie, publié il y a cinq ou six ans : Le Procès-verbal de la vie, où il semble s'être réfugié pour échapper au tumulte des séances ; c'est une apologie du travail, de la prière et de la souffrance : les trois choses peut-être qui trompent le moins. »


En 1852-53, l'effectif du service est porté de trois à cinq membres. Il restera stable jusqu'en 1861. Les deux nouveaux auront une carrière en dents de scie.


13. Octave GASTINEAU

(Saumur, 1824 - Paris, 1878). Ancien secrétaire du ministre de l'instruction publique (1849), figure dans l'almanach de 1852 comme un des secrétaires particuliers du président ; en 1853, il est le quatrième secrétaire-rédacteur, mais Guillemard et lui sont bizarrement rétrogradés en fin de liste dans l'almanach de 1865. Cependant, les changements intervenus dans le service lui assurent assez rapidement un meilleur rang, quoique sans rapport avec son ancienneté. Et, en 1875, il figure, juste après les deux frères Lagache, comme "secrétaire du service sténographique".
Avocat raté (du barreau d'Angers), c'est avant tout un auteur de comédies, de vaudevilles : Mousseline-Club (1867), La Czarine (1868), Les souliers de bal (1871), L'entresol (1873), etc. Il en a écrit en collaboration avec "l'Alexandre Dumas du vaudeville", Clairville (Le wagon des dames, 1866 ; Ernest, 1869, Le grand-duc de Matapa, etc. ; et tous deux avec Henri Rochefort, Nos petites faiblesses, vaudeville en 2 actes de 1862), et, avec W. Busnach, Mon mari est à Versailles (1876). À la fin de sa vie surtout, avec le même Clairville, Gastineau a écrit des livrets d'opérette (Le grand-duc de Matapa, 1868 ; Babiole, pour de Rillé, et Panurge, pour Hervé) mais, s'il est encore un peu connu, c'est pour sa participation à l'adaptation théâtrale de L'Assommoir, aux côtés de Busnach : bien que très contestable, elle fut un succès. Malheureusement, Gastineau était mort avant l'achèvement du travail. A publié dans les journaux sous le pseudonyme d'Octave Marilly.
« Il avait de l'observation, le mot comique. Il recherchait volontiers les sujets ingénieux qu'il traitait avec beaucoup de naturel  ». Henri Becque.
Sources : Annales du théâtre, IV, 1979, p. 632.


14. Norbert GUILLEMARD

Né à Elbeuf en 1799, il disparaît en janvier 1866 et, à ma connaissance, n'est pas mentionné par ses collègues dans leurs souvenirs. On le voit toutefois diriger la sténographie dans le reportage du Grand Journal qui suit et cela n'a rien d'étonnant : selon l'Histoire des journaux d'Edmond Texier (1851, p. 229), cet actionnaire et gérant de la Gazette des tribunaux (il le restera jusqu'à sa mort, en juillet 1870) aurait été lui-même sténographe au Messager, au Moniteur parisien, puis à L'Ordre. Mais c'est aussi, selon deux sources concordantes, un avocat.
C'est pour le reste un grand spécialiste de l'halieutique de loisir ! Les amateurs de pêche à la ligne ont longtemps prisé, autant que le Dictionnaire du pêcheur : Traité complet de la pêche en eau douce et salée d'Alphonse Karr (1855), sa Pêche à la ligne et au filet dans les eaux douces de la France (Hachette, 1857) où il se recommande d'Ovide, de Trajan, de Louis le débonnaire, de Boileau et de Walter Scott… Même s'il évite d'encourager la pêche au saxophone (p. 336), son sens de la légalité paraîtrait aujourd'hui quelque peu limité : « Ce procédé-là n'est pas aussi totalement proscrit que l'autre ; profitez-en lorsque le règlement local ne s'y opposera pas. » L'auteur est un lettré, qui cite Martial et Ausone, et il est très ferré sur la réglementation. Mais qu'est-ce qui nous assure qu'il s'agit bien du secrétaire-rédacteur du Corps législatif ?
Une mention explicite dans un procès pour plagiat, dont les pièces ont été publiées par le plaignant dans sa revue La Campagne : recueil descriptif et littéraire. Ce Charles de Massas avait publié en 1852 Le pêcheur à la mouche artificielle et le pêcheur à toutes lignes, et il estimait que Guillemard avait pratiqué à son détriment ce qu'il appelle "la pêche à la reprise". Son avocat, qui n'était autre que Jules Favre, eut beau multiplier les comparaisons de textes, ponctuées de : « C'est une différence, mais cette différence, en est-elle une ? », Massas fut condamné aux dépens – et obligé de supprimer de la seconde édition de son livre une vignette représentant son adversaire en train de pêcher... dans sa bibliothèque. Le tribunal fut sans doute sensible à cet argument irréfragable, glissé dans son plaidoyer par le défenseur de Guillemard (après avoir été celui de Hugo, de Karr et des Goncourt), Me Paillard de Villeneuve : son client, « attaché comme gérant à la Gazette des tribunaux, et comme rédacteur au Corps législatif, ne saurait descendre à des actes tels que ceux dont on l'accuse ».


Sous Morny arrivent au Corps législatif, comme chef de cabinet, Ernest L'Épine, alias Eugène Manuel, alias Jean Quatrelles (1826-1893), auteur de romances, de nouvelles et d'articles fantaisistes, comme cette Histoire aussi intéressante que vraisemblable de l'intrépide capitaine Castagnette, neveu de l'homme à la tête de bois (1862), puis Alphonse Daudet. Les deux écrivent des pièces en collaboration. Ils sont rejoints par Ludovic Halévy, présenté à Morny par Offenbach. Introduit par son frère, Ernest Daudet suivra.
À lire certains, on a le sentiment que le service des secrétaires-rédacteurs se limitait alors à ces deux noms. E. Daudet, dans ses Souvenirs , donne une idée plus exacte de cette période. On peut même se demander si le départ d'Halévy ne fut pas un événement au moins aussi important que son arrivée...

« Lorsque je pris possession de l'emploi auquel je venais d'être appelé en même temps que Ludovic Halévy, le service se composait du chef Denis de la Garde, et de trois subordonnés, André (sic) Tardieu, frère de l'éditeur Jules Tardieu qui avait publié les Amoureuses d'Alphonse Daudet, et qui lui-même était poète ainsi qu'il l'a prouvé dans sa légende de Mignon, de Pourchel, et enfin de Maurel-Dupeyré. Celui-ci seul tenait à la littérature ; il avait publié dans le Constitutionnel deux ou trois romans historiques sur le seizième siècle, auquel par les traits de son visage, et par ses longs cheveux plaqués autour de la tête, il semblait appartenir. J'ai toujours été frappé de sa ressemblance avec les portraits de Louis XIII. Peu de temps après mon entrée dans le service, il en devint le chef, Denis de la Garde ayant demandé sa mise à la retraite et la santé de Tardieu l'ayant obligé à suivre cet exemple. Après leur départ, on nous adjoignit successivement tout un groupe de camarades dont je conserve le plus cordial souvenir. Mais Ludovic Halévy, jusqu'au jour où il donna sa démission, resta le personnage le plus important de notre service ; il devait ce privilège à son intimité avec Morny qui était alors président de la Chambre. Souvent, à la fin des grandes séances, il arrivait que notre chef eût à faire demander au président un conseil ou un ordre qu'avait rendu nécessaire la réclamation d'un député sur laquelle il n'osait lui-même prononcer ; c'est alors Halévy qui allait soumettre le cas au président. Quelquefois, l'absence de notre collègue se prolongeait à notre grand dépit et alors, entre nous, nous nous disions en riant jaune, car nous étions pressés d'aller dîner : « Peut-être causent-ils d'une prochaine pièce. » Nous n'ignorions pas qu'Halévy faisait partie de la petite coterie d'auteurs, Hector Crémieux, Jacques Offenbach et autres, auxquels Morny, toujours féru d'essais dramatiques, aimait à demander conseil. » Ernest DAUDET, Souvenirs de mon temps, 1921.


15. Ludovic HALÉVY

(1834-1908) est devenu rédacteur au Corps législatif en janvier 1861 et y restera jusqu'en 1867. Ce sera l'apogée de sa carrière administrative.
HALEVYNé en 1834, il est fils de Léon et neveu de Fromental, l'un "littérateur", l'autre compositeur. À Louis-le-Grand, se lie avec Prévost-Paradol qui lui apprend à "bien lire". 1852-58 : rédacteur au secrétariat du ministre d'Etat ; 1858-61 : chef de bureau au ministère des colonies. « Halévy était sorti du collège en juillet 1852. Le lendemain (…), il entrait au ministère d'État comme attaché au cabinet du secrétaire général, et là commençait sa carrière administrative qui a été très brillante et l'aurait été davantage s'il avait voulu ; mais cet employé singulier n'avait qu'une ambition : arriver à donner sa démission. Il n'en est venu à bout qu'en 1865, après avoir été successivement attaché au ministre d'État, chef du cabinet du secrétaire général, secrétaire adjoint du conseil des bâtiments civils, sous-chef et chef de bureau au ministère de l'Algérie et des colonies, secrétaire-rédacteur du Corps législatif ; toutes places sérieuses et non des sinécures. » (Jules Claretie, Revue bleue, août 1883, p. 138).
Dès 1855, il se lance dans l'écriture de livrets, pour Offenfach (Ba-ta-clan, chinoiserie musicale en un acte, 1855 ; Orphée aux Enfers, 1858) ou pour d'autres. Le ministère de l'Algérie ayant été supprimé en novembre 1860, Offenbach recommande Halévy à Morny qui, ayant contracté le virus du théâtre, désirait écrire une comédie : ce sera Un mari sans le savoir, pièce jouée à l'Hôtel de Lassay en décembre 1860, puis Monsieur Choufleury restera chez lui le…, mise en musique par Offenbach, et cinq ou six autres encore. Par commodité, pour avoir toujours son collaborateur sous la main, Morny lui donne la place de secrétaire-rédacteur en 1861.
« Après la mort du duc de Morny, dont il avait été avec son père un des collaborateurs littéraires, il donna sa démission pour se consacrer au théâtre où il avait déjà produit d'assez nombreux ouvrages. » [Vapereau, 1893 ; Cf. aussi J. Claretie, in Revue bleue]. Son départ semble avoir été l'occasion de nouveaux recrutements, si l'on en croit Adrien Marx (Un peu de tout, "Les coulisses du corps législatif", 1868) :

« Il advint qu'un soir - à la première représentation de Maison neuve, au Vaudeville -, ma stalle se trouva voisine de celle d'un député qui me veut du bien.
- Vous ne savez pas ? me dit-il à la fin du second acte, Ludovic Halévy abandonne le banc des secrétaires-rédacteurs. Il donne sa démission pour se consacrer tout entier aux bus qui s'avancent dont ses contemporains raffolent, et quitte l'amphithéâtre dominé par M. Schneider pour le théâtre où mademoiselle Schneider domine.
- Ah bah !
- Je tiens la nouvelle de source certaine… J'ai même ouï dire que sa place allait être mise au concours. Vous devriez vous mettre sur les rangs… Le poste de secrétaire-rédacteur est fort honorable, pas pénible et grassement payé… Vous plairait-il que je touche un mot de votre candidature au comte Walewski ?
(…) Quinze jours plus tard, je m'asseyais avec la gravité obligatoire au pied de la tribune où se discutent les intérêts de l'empire. »

La scène est précisément datée : la pièce de Victorien Sardou fut créée au Vaudeville le 4 décembre 1866.
Cependant, le vaudeville et l'opérette n'occupaient pas que les gens du compte rendu. Toujours selon Marx, quand on s'approchait de députés qui semblaient engagés dans une conversation sérieuse, voici ce qu'on entendait : « - Il y a dans la Vie parisienne un fond de philosophie que vous chercheriez en vain dans la Duchesse de Gérolstein… »

 

16. Ernest DAUDET

(le frère aîné) était entré en même temps qu'Halévy, mais il restera plus longtemps : jusqu'en 1869.
Né en 1837 à Nîmes, il monte à Paris à vingt ans et réussit à se faire engager au journal orléaniste Le Spectateur. Quand celui-ci est supprimé après l'attentat d'Orsini, il entre à l'Union, et, ayant la charge de son frère, survit en rédigeant les mémoires d'un vieux gentilhomme de la chambre de Charles X. Il devient rédacteur en chef de la France centrale, à Blois, puis de l'Écho de l'Ardèche à Privas. Alphonse ayant enfin trouvé un emploi de troisième secrétaire au cabinet de Morny, sous les ordres de L'Épine, il obtient pour son frère un poste de secrétaire-rédacteur, en 1861.

Chef de cabinet du grand référendaire du Sénat (en 1869), il doit quitter le Parlement en 1870 et « se jette dans la réaction », hésitant entre le bonapartisme et le légitimisme. Après le 24 mai 1873, le gouvernement de l'ordre moral le nomme directeur du Journal officiel et du Bulletin des communes, mais il doit abandonner ces fonctions à l'entrée de M. Ricard au ministère (mars 1875). Il devient alors rédacteur en chef du journal monarchiste L'Estafette [sorte de Figaro du soir fondé par Villemessant] puis, en 1877, directeur du Petit Moniteur. « Bien accueilli dès l'abord dans le parti légitimiste, duquel le rapprochaient ses traditions de famille, puis rallié à l'Empire dès qu'il crut s'apercevoir qu'une restauration monarchique était impossible, il resta, comme il se définit lui-même, un conservateur libéral », lit-on dans Polybiblion, 1921, dont la nécrologie rappelle qu'il était le petit Jacques du Petit Chose, « si larmoyant et toujours si bon », et conclut : « C'est un témoin agréablement instructif d'une époque déjà si loin de nous. »
daudetOn ne donnera pas sa bibliographie entière, qui compterait 130 items et se partage entre le roman et l'histoire – ses livres les plus importants en ce domaine étant une Histoire de la Restauration (1882), et une Histoire de l'émigration en cinq volumes (1886-1889) – avec un peu de théâtre (La Vénus de Gordes, 1875 ; Marthe, 1890). On se bornera aux œuvres publiées sous le Second Empire, où la part de l'histoire se limite à deux brochures : Les journaux religieux et les journaux catholiques (1860) et La trahison d'Émile Ollivier (1864), et à un ouvrage consacré au Cardinal Consalvi (1866), cependant que le roman l'emporte largement : Thérèse, 1859 [« Deux ans après son arrivée à Paris, il donne Thérèse, un délicieux roman où percent déjà, en nuances délicates, cette émotion, cette sensibilité et ce charme qui feront de lui plus tard l'un des plus éclairés confidents des cœurs. Un style souple, aisé, naturel, une psychologie attendrie et chaste témoignèrent aussitôt de son talent naissant… », Album Mariani, Figures contemporaines] ; Les duperies de l'amour, 1865 ; Les douze danseuses du château de Lamôle, 1867 ; Marthe Varades, La succession Chavanet, 1868 ; Le missionnaire, Le prince Fougoutzine, Le roman d'une jeune fille, Les soixante et une victimes de la Glacière, 1869 ; Jean le Gueux, 1870.
Sources : Album Mariani, Figures contemporaines ; Curinier, Dictionnaire national des contemporains ; Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour ; biographies diverses d'Alphonse Daudet et, d'Ernest lui-même, Souvenirs de mon temps (1921).


Un passant :
17. Zénon de GRENIER

Après deux identifications erronées, en voici une dernière, définitive, que je dois aux indications fournies par Michel Kerautret à partir des archives de l'Assemblée.

Né en 1820 à Montauban, de son nom complet André Zénon Fonclaire de Grenier, il était conseiller de préfecture et secrétaire général à Clermont-Ferrand depuis mars 1857 quand il entra en décembre 1861 au compte rendu où il fut chargé de la dictée aux journalistes (voir la citation du Grand Journal ci-après). Y avait-il été introduit par Morny, président du conseil général du Puy-de-Dôme ? L'a-t-on cantonné dans une tâche qu'il aurait jugée subalterne ? S'est-on débarrassé de lui après la mort de son protecteur ? Toujours est-il qu'on le retrouve à nouveau conseiller de préfecture, cette fois dans le Nord, à partir de février 1866. Il retourna à Paris en 1869, comme sous-chef de bureau au ministère de l'intérieur, et sa carrière n'évoluera plus. Resté célibataire, il meurt prématurément en octobre 1872, chez sa mère à Montauban où la maladie avait dû le ramener.
La Société des sciences, des lettres et des arts du Tarn-et-Garonne, à laquelle il appartenait, publia peu après ses poésies posthumes, « imitations de Heine », en se bornant pour tout éloge funèbre à le déclarer « dessinateur humoriste, charmant musicien et aimable écrivain ».


Entre en novembre 1863 :
18. Adrien LETELLIER

( Neufchâtel-en-Bray, 1807 - 1875) : Anatole Claveau (Souvenirs…, I, p. 111-112) dresse ce portrait de « l'héroïque Letellier » :

« J'avais à côté de moi, à notre banc, un vieux journaliste nommé Letellier, fortement revenu de la rhétorique. Il avait pris part autrefois, sous Louis-Philippe, aux grandes batailles de la presse et possédé toute la confiance de M. Guizot. Quelque chose lui en était resté. Il méprisait un peu, si cotés qu'ils fussent, les gens d'opposition et cherchait doucement à me prémunir contre l'effet, toujours fâcheux suivant lui, des harangues tribunitiennes ; c'est ainsi qu'il les appelait. Tribun, tribune, il mettait tout cela dans le même sac. À la façon dont il expédiait notre compte rendu, il avait dû faire, vingt ans auparavant, un très substantiel publiciste. Je crois même que, rédacteur de l'Assemblée nationale en 1848, il avait été mêlé, précisément par M. Guizot, à un essai infructueux de fusion entre les deux branches de la monarchie française [1850]. Pour sa part, il en gardait rancune à la branche aînée, et longtemps après, lorsqu'une seconde tentative, plus sérieuse, se brisa contre l'obstination du comte de Chambord, il me rappela qu'il avait prévu et prédit l'échec final. Les légitimistes n'étaient pas pour lui des exilés, mais des émigrés. “Il n'y a rien à faire avec ces gens-là !” disait-il. Au total, il n'aimait pas beaucoup plus Thiers que Berryer. Il maugréait contre tous les orateurs en écrivant.
Un type original, que ce vieux Letellier, propre, mais un peu râpé, dans notre installation en plein hémicycle, en pleine lumière. Tous les matins, il avalait une pastille de Vichy et lisait une page de Montesquieu, assurant qu'il n'y avait pas de meilleur régime pour faire un bon journaliste. J'en essayai sans constater chez moi un progrès sensible. Letellier, au contraire, était frais comme une rose et très alerte d'esprit, à soixante-huit ans ! Par exemple, il perdait peu à peu la vue, et nous admirions son courage à rester dans le service malgré cette infirmité. Il y demeura jusqu'à l'extrême limite, avec un abat-jour vert, et n'y renonça même pas lorsque ses yeux s'éteignirent tout à fait. Sa femme, son excellente et dévouée compagne, à peine plus jeune que lui, l'amenait tous les jours de la rue Chanoinesse à la Chambre. Là, il trouvait un ami de bonne volonté qui le conduisait au banc, où son oreille lui suffisait pour prendre quelques notes à la volée à travers le discours de l'orateur. Aveugle, il les écrivait très gros sur d'étroites bandes de papier. Son quart d'heure fini, il retournait dans notre bureau ; son ami lui relisait les notes qu'il avait prises et, avec ce simple memento, avec sa mémoire surtout, il reconstruisait complètement le discours entendu et le sens y était toujours, sinon la lettre. J'appris pourquoi on ne le mettait pas à la retraite : il n'avait pas de quoi vivre ! »

Après L'Assemblée nationale, fut au Spectateur qui en prit la suite jusqu'en 1858 (et où il accueillit E. Daudet qui lui en fut reconnaissant). A également collaboré au Courrier de Paris, puis à la Revue européenne (vers 1860). Restera au compte rendu analytique jusqu'en 1874.


Arrêt sur image
Le Grand Journal d'Albéric Second a donné le 3 avril 1864 cet article dont s'est peut-être inspiré Pierre Larousse. Le Salut public du 8 avril l'a en tout cas repris presque intégralement, en ajoutant quelques détails touchant la personnalité des secrétaires-rédacteurs – on les donne entre crochets :

… J'avoue humblement que le soir en lisant à neuf heures dans mon journal une discussion législative à peine close, je me suis senti tourmenté par le besoin de savoir :
1° Comment des discours peuvent être si rapidement recueillis ;
2° Comment ils peuvent ensuite être communiqués si rapidement aux journaux.
Et le résultat des recherches auxquelles je me suis livré m'a paru assez curieux pour être communiqué à mes concitoyens. (…)
Comme j'ai l'intention de ne dire ici que des choses de ma compétence, je ne vous parlerai ni des honorables députés, ni de leur président, ni des huissiers, ni de M. Gustave Claudin, auquel ses hautes fonctions au Moniteur universel assignent un poste à la droite du bureau. J'arriverai tout droit à. mon but sans m'arrêter à la buvette, au fumoir de MM. les députés, à leur salle de conférences. Tout cela touche à un ordre de faits trop voisin de la politique ; je m'en tiendrai donc à la reproduction des débats du Corps législatif, à la confection du compte rendu analytique publié par les journaux quotidiens et de la sténographie (l'in extenso) du Moniteur universel.

I. Autrefois, chaque journal envoyait à la tribune des journalistes un rédacteur spécial chargé de rédiger un compte rendu approprié à sa publicité. Columbus, l'ancien garçon de service de la tribune des journalistes, raconte qu'il voyait arriver autrefois tous les jours M. Pelletan donnant le bras à M. Limayrac ; il se souvient des bons mots de M. Marrast, des paradoxes de M. Lireux ; il assure que M. Boilay était un peu fier; il a connu Cauchois Lemaire...
Aujourd'hui le Corps législatif fournit aux journaux un compte rendu analytique de ses séances, rédigé sous la garantie de la représentation nationale, anonymement, sans passion et aussi impartialement que peut être fait un travail humain impartial. Il n'y a plus de tribune des journalistes, il y a un bureau où l'on communique, où l'on dicte les comptes rendus des séances. Les rédacteurs ont été remplacés par des employés, par des scribes. Aussi le service administratif du compte rendu analytique est-il très-important.
Le service de la rédaction est ainsi composé : M. Alexandre Tardieu, chef des secrétaires rédacteurs. MM. Maurel Dupeyré, Octave Gastineau, Guillemard, Ludovic Halévy, Ernest Daudet, de Grenier, Letellier, secrétaires rédacteurs.

Son mécanisme est aussi simple que possible. Quatre secrétaires rédacteurs, MM. Maurel Dupeyré, Ludovic Halévy, Daudet et Letellier, sont chargés de la rédaction du compte rendu. Installés sur un bureau très-bas, placé au-dessous du bureau-tribune des ministres et des commissaires du gouvernement, et faisant face aux bancs des députés, ils rédigent au fur et à mesure qu'ils se débitent les discours des orateurs ; ils tiennent compte des interruptions et notent tous les incidents plastiques de la discussion. Leur travail essentiellement rapide, courant, doit être fait à main levée, sans hésitation, en conservant aux discours leur cachet, leurs mouvements, leur éloquence. Un secrétaire rédacteur doit savoir abréger, sans rien passer, élaguer ou amoindrir. Aussi a-t-il fallu choisir avec discernement ces hommes qui écrivent la vraie histoire de France.

[M. Maurel-Dupeyré est rompu au service du compte-rendu analytique par une longue pratique ; il est aisé de le reconnaître parce qu’il ressemble à Eugène Delacroix.
M. Ludovic Halévy est le neveu de l'auteur de la Juive. Vaudevilliste à ses heures, il a signé plusieurs jolies pièces, entre autres le Brésilien et les Brebis de Panurge avec M. Meilhac. Il passe pour être très habile dans le travail de la rédaction du compte-rendu.
M. Daudet, – le frère du poète, — est un jeune homme plein d'intelligence et qui apporte le plus grand zèle dans ses fonctions un peu nouvelles pour lui.
M. Letellier, le dernier nommé, est un ancien rédacteur de tous les anciens journaux.]

Chaque secrétaire rédacteur tient la plume pendant un quart d'heure. Ils ont donc chacun trois quarts d'heure d'interruption qu'ils utilisent à reviser leur travail avec M. Alexandre Tardieu, leur chef.

Toutes les fois qu'un député le demande, il peut contrôler la portion du compte rendu qui le concerne. M. le président de Morny et quelques membres de la Chambre usent seuls de cette faculté. Les honorables s'en rapportent d'ordinaire à l'habileté des secrétaires rédacteurs.

Dès que les feuilles sont revisées, on les porte au bureau des journalistes. Là, deux dictées sont faites concurremment par MM. les secrétaires Octave Gastineau et de Grenier. Cette dictée commence d'ordinaire à trois heures et se termine à neuf heures le plus souvent, quelquefois à minuit. Le bureau des journalistes mérite sa mention quoiqu'il ne jette pas le vif éclat de l'ancienne tribune. M. Gastineau, qui le préside, est aussi un littérateur. [Il a été successivement attaché au ministère de l'intérieur et secrétaire de feu M. Billault. Il a fait représenter plusieurs pièces de théâtre] ; il mène rapidement sa dictée et est adoré des journalistes qui sont : pour le Constitutionnel, M. Boniface Desmarets ; pour la Patrie, M. Bouchery ; pour le Journal des Débats, M. *** ; pour la Presse, M. Bauer ; pour la Nation, M. Jules Mahias ; pour le Siècle, M. Louft ; pour l'Opinion nationale, M. Genret.
Chacun de ces messieurs se fait accompagner d'un aide qui écrit la seconde dictée sous la direction de M. de Grenier. Pendant toute la durée de la dictée, un service de porteurs établit un va-et-vient entre le Corps législatif et chaque bureau de journal.
M. Delamarre, le directeur de la Patrie, avait en 1860 adjoint au secrétaire de la rédaction Alfred Tranchant, chargé de la Chambre, un écuyer à cheval, en bottes molles et en casquette de chasse. Cette combinaison ne dura qu'une saison; elle avait été baptisée du nom d'écuyer tranchant par les confrères qui ne disposaient que de piétons. Pendant plusieurs sessions, l'Opinion nationale et la Presse eurent des relais nombreux de coureurs à pied. Aujourd'hui, sauf la Nation, qui, à cause de son édition de neuf heures du soir, a organisé son service du Corps législatif, les journaux n'occupent chacun que trois ou quatre porteurs.

II. Pendant que les secrétaires rédigent et dictent le compte rendu analytique, à côté d'eux se confectionne la sténographie destinée au Moniteur.
Le service sténographique, placé spécialement sous la direction de M. Guillemard, secrétaire rédacteur, se compose de vingt sténographes, dont seize rouleurs et quatre réviseurs. On nomme sténographes rouleurs, ceux qui sténographient et traduisent la version même destinée à la composition du journal officiel. Le nom de rouleurs leur vient, on va le voir, de la nature même de leur travail. Les réviseurs sténographient la version qui sert au contrôle du travail des rouleurs.

Les rouleurs prennent - le mot est consacré - pendant deux minutes. Ils se placent à la gauche du président, au bas du bureau ; ils travaillent debout; leur papier est placé sur une planchette faisant saillie sur la Chambre, de telle sorte que leur regard peut embrasser tout l'ensemble des gradins ; enfin ils écrivent au crayon pour économiser le mouvement qu'occasionne le trempage de la plume dans l'encrier. Un chronomètre est fixé devant leurs yeux. A côté du rouleur roulant se tient, sur sa droite, le rouleur qui doit le remplacer. Dès que le chronomètre marque la fin des deux minutes de travail, le deuxième rouleur pousse du coude gauche le coude droit du premier rouleur, celui-ci s'efface rapidement tandis que son successeur s'installe à sa place rapidement. En terme de rédaction, ils n'armorcent (sic) pas leur copie; ils prennent ce qu'ils entendent et ne perdent point un temps très-précieux pour eux, à enchaîner bout à bout leurs sténographies. Les premiers et derniers mots se répètent quelquefois avec les derniers et premiers mots de leurs collègues, ceci est l'affaire du secrétaire rédacteur chargé de comparer le travail des rouleurs et le travail des réviseurs.
Dès que le rouleur a terminé ses deux minutes de sténographie, il va traduire son feuillet. Il a vingt-huit à vingt-neuf minutes pour transcrire deux minutes de parole. On a calculé mathématiquement que la voix humaine était sept fois et demie plus rapide que l'écriture usuelle ; le rouleur a donc largement le temps de faire consciencieusement sa traduction.

Les réviseurs se tiennent à la droite du président, au bas du bureau ; ils travaillent sur une planchette absolument semblable à celle des rouleurs. Ils prennent une demi-heure, ne traduisent pas ; mais à la fin de la séance, ils comparent leur sténographie à la traduction des rouleurs. Le travail complet est contrôlé par M. Guillemard. Nécessairement, les réviseurs sont choisis parmi les plus habiles rouleurs. Les rouleurs sont nommés au concours. Cependant les sténographes de la Chambre n'ont pas leurs noms sur l'annuaire des grands corps de l'État : leur talent et leur individualité restent anonymes comme la force de la machine à vapeur.
MM. les députés dont les plus longues harangues ont la valeur d'une courte interruption - Bravo ! très-bien ! à la question ! la clôture ! - ignorent peut-être que certains de leurs confrères - pour revoir la sténographie de leurs discours - restent jusqu'à onze heures dans la salle des conférences. À onze heures, M. Alexandre Tardieu se rend au Moniteur. Il est accompagné à tour de rôle par MM. Maurel-Dupeyré, Ludovic Halévy ou Letellier. Jusqu'à trois heures du matin, le chef des secrétaires et son adjoint corrigent les épreuves, surveillent la mise en pages de la séance, et s'il se glisse une erreur, ce n'est pas, on le voit, faute de précautions.
Le lendemain, le Moniteur, le Constitutionnel, les Débats, la Presse, etc., portent à cent cinquante ou deux cent mille exemplaires par toute la France, par toute l'Europe, dans le monde entier, les deux versions des débats du Corps législatif.
De tout ceci, nous concluons que les machinistes qui ont inventé l'imprimerie, la sténographie et discipliné la vapeur ont produit en somme des miracles qui peuvent lutter même avec le fameux virement de bord du vaisseau du Fils de la Nuit.

                                                                                                                       UN HABITUÉ DE LA MAISON.


Arrivèrent en juillet 1865 Claveau et Béhaghel, qui seront tous deux sous-chefs en 1873. On a également vu que POURCHEL fut réintégré comme auxiliaire en janvier 1866 (voir époque précédente).

 

 

19. Anatole CLAVEAU

(Bièvre, 1835 - 1914) École normale, lettres, en 1854. En sort au bout de peu de temps pour suivre la carrière littéraire. Journaliste et romancier, mais Vapereau le jugeait "meilleur dans la critique que dans le roman" (Année littéraire, 1861) et on se demande si Claveau n'a pas tenu compte de ce verdict… L'un des collaborateurs de la première édition du Dictionnaire des contemporains, il écrivit de 1854 à 1865 dans le Petit Journal (sous le pseudonyme de Jacques Bonhomme), rédigea de 1858 à 1865, dans la Revue contemporaine, une chronique littéraire qui le fit remarquer et où il parla à peu près de tous les auteurs du XIXe siècle qui comptent (voir par exemple son analyse de Salammbô) ; puis prit une part active au Journal de Paris et à la rédaction du Peuple. De 1862 à 1864, a aussi écrit dans le Journal des Débats et, en 1884, succédé à Coppée à la Patrie.

Nommé secrétaire-rédacteur en juillet1865, il succède à Maurel-Dupeyré, à la tête du service, en 1889. Jusqu'en 1903.

Claveau

(Claveau posant en Longuevelle de Lacombe. Source : BnF)

Président du Cercle de la critique dramatique. A écrit : Le roman de la comète (1857) ; Nouvelles contemporaines (1860) ; Profils parlementaires (1868) ; Contre le flot (1886) ; Un chef de service, portait d'après nature (1888) ; Fin de siècle, pile ou face (1889) ; Études sur Alfred de Musset (1894) ; Sermons laïques (1898) ; Une partie carrée (feuilleton dans L'Époque) ; La langue nouvelle: essai de critique conservatrice, 1907. Causerie hebdomadaire depuis 1890 dans Le Soleil ; a collaboré au Figaro, au Gaulois, au Temps, à la Patrie (critique dramatique), etc., souvent sous des pseudonymes (Daniel René - partagé avec Octave Mirbeau à Paris-Journal en 1880 -, Lequevel de Lacombe ; Quidam et Pas Perdus pour des "comptes rendus fort documentés des débats et de l'atmosphère qui régnait au Parlement", dans le Figaro, Qui sait ?) Donne en 1913-14 des Souvenirs politiques et parlementaires d'un témoin en deux volumes (1865-1870 et 1871-1873).
Sources : J.-A. Azais, Annuaire international des lettres et des arts, 1921 ; Polybiblion, 1914. Chercher : L'Illustration du 25 avril 1914.

« Si je suivais l'ordre chronologique des événements auxquels j'ai assisté, je devrais dès maintenant conduire mes lecteurs au Corps Législatif, où je venais d'être admis comme secrétaire-rédacteur du compte-rendu analytique (...) Je ne renonce pas à les y conduire; mais ils me pardonneront de ne pas m'y attarder, et de passer rapidement, en me réservant d'y revenir plus tard, sur le spectacle qu'offrit alors l'enceinte législative.
La raison de ma réserve actuelle, la voici en deux mots : je ne pourrais rien dire qui n'ait été déjà dit par mon excellent et regretté collègue, Anatole Claveau. Il avait été nommé secrétaire-rédacteur deux ans après moi. Il occupa ce poste pendant de longues années. Finalement, après le départ de Ludovic Halévy, à qui ses succès de théâtre avaient ouvert une nouvelle carrière et après qu'en 1869, j'eus donné ma démission, Anatole Claveau devint le chef de cet important service.
On peut dire que toute sa vie s'est écoulée au Palais-Bourbon. Il a vu tout ce qui s'y est passé au cours des heures émouvantes qui ont précédé la guerre de 1870, la chute du gouvernement impérial et la fondation de la République; il a entendu tout ce qui s'y est dit et, pour un esprit tel que le sien, rien de ces choses ne devait être perdu. La marche du gouvernement impérial vers la liberté, l'entrée en scène d'Émile Ollivier, la résistance des hommes, alors au pouvoir, qui pressentaient que la création d'un régime nouveau les déposséderait de leurs fonctions, le déchaînement d'intrigues qui fut le résultat de ces rivalités, autant d'épisodes sur lesquels Anatole Claveau prenait quotidiennement des notes, qu'il se proposait d'utiliser plus tard pour un travail de reconstitution historique. Érudit comme un normalien, écrivain de race, il eût été pour les lettres françaises une brillante parure; ses débuts à la Revue Contemporaine avaient été remarqués. Mais, le plus souvent, les circonstances, plus encore que la volonté, déterminent les vocations. La sienne le confina dans le monde parlementaire, non en qualité d'acteur, mais en qualité de témoin, un témoin de premier ordre dont les souvenirs, qu'il a écrits après avoir pris sa retraite, attestent une rare fidélité de mémoire et des facultés de vision qui, comme observateur, le placent au premier rang.
Après qu'il eut été fixé à son poste par l'intérêt et la variété du spectacles il n'en détourna plus les yeux et son existence fut absorbée sans qu'il songeât à s'en distraire autrement que par des exercices physiques, qui rafraîchissaient son intelligence, ainsi qu'il se plaisait à le dire, et le maintenaient en bon état de santé. Il aimait passionnément la chasse et la pêche, c'est en chassant et en pêchant qu'il trouvait le repos. Je me souviens de l'avoir entendu, lorsque les princes d'Orléans, sous la République, furent rentrés en France, exprimer sa reconnaissance pour le duc d'Aumale qui lui avait accordé la faveur de se livrer dans la forêt de Chantilly à son plaisir préféré. Lorsqu'il eut atteint l'âge de la retraite, il songea à réaliser ses anciens projets. Il publia deux volumes où le rideau est levé sur les innombrables épisodes dont le Palais-Bourbon a été le théâtre de 1865 à 1873 et sur les personnages qui y ont évolué. Ce n'est pas de la grande histoire pouvant être comparée, par exemple, à l'œuvre d'Émile Ollivier : l'Empire libéral, non plus qu'à d'autres ouvrages tels que celui de Pierre de la Gorce. Ils tiennent de la chronique plus que de l'histoire. Ils n'en sont pas moins instructifs et révélateurs… » Ernest DAUDET, Souvenirs de mon temps, 1821.


« Le Figaro vient de perdre un de ses plus anciens et plus brillants collaborateurs. M. Anatole Claveau qui, depuis trente ans rédigeait, sous la signature de Pas-Perdus, le compte rendu des séances parlementaires, est mort brusquement hier soir au moment où il s’apprêtait à quitter Paris pour une courte villégiature. Il avait soixante-dix-neuf ans. Nos lecteurs savent quel souci d’exactitude et d’impartialité notre collaborateur éminent et vénéré camarade apportait en ces comptes rendus. Il excellait à extraire d’un discours la substance, à en dégager les arguments essentiels, à en marquer de quelques traits précis le caractère et la portée. Né à Bièvre (Seine-et-Oise) en 1835, il était entré à dix-neuf ans à l’École normale et avait fait ses débuts d’écrivain au Dictionnaire des contemporains. Il donnait, en même temps, au Journal de Paris et à la Revue contemporaine des chroniques littéraires remarquées.
C’est précisément à l’une de ces chroniques qu’il dut d’entrer au Corps législatif pour en devenir – et en rester près de cinquante ans – l’historiographe. Il en a raconté, jadis, l’aventure, dans le Figaro.
C’était en 1865. Meilhac et Halévy venaient de donner aux Variétés leur triomphale Belle Hélène. Il fit donc paraître dans la Revue contemporaine un article très vif contre les auteurs de l’œuvre sacrilège et charmante où courait tout Paris. Ludovic Halévy pria Claveau de venir le voir. Il était entré comme secrétaire-rédacteur au Corps législatif en 1851. Ses travaux d’auteur dramatique et la mort du duc de Morny qui avait protégé ses débuts dans l’administration allaient l’en faire sortir, mais il sut montrer à Anatole Claveau les avantages qu’il pouvait y avoir pour lui à y entrer. Et c’est ainsi qu’à la suite d’une conversation qui eût pu n’avoir rien de cordial, Anatole Claveau entrait, sur la recommandation de l’auteur de la Belle Hélène au Corps législatif comme secrétaire-rédacteur.
Très laborieux, il avait continué de consacrer aux lettres tous les loisirs que ses fonctions lui laissaient.
En même temps qu’à la Revue contemporaine et au Journal de Paris, il avait donné, de 1857 à 1865, des articles au Courrier franco-italien, au Peuple, à la Revue de l’instruction publique, au Journal des Débats ; et c’est de la même époque que datent ses deux premiers volumes : le Roman de la comète et un recueil de Nouvelles contemporaines. Après trois années de Corps législatif, en 1868, il publiait un volume de Profils parlementaires, où le « rédacteur » se révélait moraliste excellent, et non moins curieux d’observer les hommes qu’attentif à noter leurs propos.
En sorte que le jour où Francis Magnard proposa à Anatole Claveau de venir expliquer et décrire dans le Figaro les débats dont il était officiellement chargé de suivre les péripéties quotidiennes, il fournit à cet écrivain délicieux l’occasion de créer un genre.
Les articles de Pas-Perdus, c’était, en effet, quelque chose de mieux que du reportage parlementaire. C’était de la pure chronique, où la physionomie de l’orateur s’évoquait à côté de son discours, où l’écrivain savait ne pas séparer du débat qu’il racontait l’atmosphère de ce débat, le détail pittoresque des circonstances où il se poursuivait.
Et comme cette besogne ne suffisait pas encore à l’activité de Claveau, il donnait, çà et là (et au Figaro même, sous la signature Quidam) des chroniques exquises. Au Petit Journal, au Soleil, il avait longtemps écrit. Et puis, il publiait des livres : Contre le flot, Un chef de service, Pile ou face, Une partie carrée, qui étaient de jolies histoires, ou des recueils de ces causeries où son fin talent de narrateur philosophe excellait.
Le plus récent de ces recueils est celui qu’il a publié en 1898, sous le titre de Sermons laïques. Il avait, un peu auparavant, composé une délicate étude sur Alfred de Musset ; et, plus récemment, en 1907, paraissait son volume de La Langue nouvelle, copieuse et savante satire où ce fervent amoureux de la langue française entreprenait de la défendre contre les novateurs qui ont entrepris de la restaurer !
Enfin, des Souvenirs politiques et parlementaires d’un témoin, les deux premiers volumes ont paru l’année dernière et au début de celle-ci. Il y a là des pages qui resteront, des portraits que réclameront les anthologies.
Anatole Claveau était officier de la Légion d’honneur. Il laisse une veuve, deux fils et deux filles mariées, à qui nous adressons nos condoléances émues, et sept petits-enfants.
Son état de santé, depuis qu’il avait pris sa retraite, l’obligeait à ne quitter son logis qu’aux heures et pendant le temps que sa besogne de journaliste le réclamait. Il envoyait au Figaro sa copie, et on ne l’y voyait plus que rarement. (…) C’était un colosse doux, d’imposante prestance et d’une grande timidité. Et aussi d’une ravissante politesse, avec un sourire resté très jeune et des yeux bleus, où il y avait de la bonté, de l’ingénuité, et tant d’esprit ! » Émile BERR (Figaro du 17 avril 1914).

 

20. Arthur BEHAGHEL

(Nancy, 1833 - Spa, Belgique, 1888) est issu d'une famille royaliste du Nord ; son père, général de brigade, était proche de Saint-Arnaud, ministre de la guerre de Napoléon III. Journaliste gouvernemental au Puy (1852-56), puis chef de cabinet du préfet de la Haute-Loire jusqu'en 1859. En 1860, part pour cinq ans en Algérie, où il écrira dans différents journaux, se heurtant à une application particulièrement stricte de la loi de 1852 sur la presse. Il proteste dans La liberté de la presse, ce qu'elle est en Algérie (lettre à M. le baron David) (1863), ce qui lui vaut une condamnation à un mois de prison. De cette expérience algérienne, il tirera deux livres (Guide à Alger et surtout L'Algérie : histoire, géographie,…administration, les deux de 1865), mais aussi une réputation de journaliste libéral alors même qu'il travaille en secret pour le gouvernement. Entré en 1865 au service du compte rendu, et émargeant déjà au ministère de l'intérieur, il propose pour 500 fr. de publier chaque jour dans un journal « une correspondance formant compte rendu des débats législatifs et dans laquelle (…) on présenterait une physionomie et une appréciation de la séance et de ses incidents faite au point de vue gouvernemental ».
Le 6 septembre 1870, il est nommé préfet de la Haute-Loire… mais destitué quinze jours plus tard "comme indigne" - « son nom figure dans les papiers trouvés aux Tuileries ». En février 1871, il sera toutefois réintégré par un vote unanime du bureau de l'Assemblée et figure en 1873 dans l'effectif du CRA comme deuxième sous-chef, après Claveau. (Source : V. Wright, E. Anceau et al., Les préfets de Gambetta, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2007). Il prend sa retraite en 1880.

Anatole Claveau (Souvenirs…, I, p. 238-241) donne une version moins noire (lénifiante ?) du personnage, à propos d'un débat sur les fonds secrets ouvert – bien entendu en vain – par Pelletan :

« Le hasard m'a fourni deux fois sous la République des indications intéressantes sur l'emploi de ce denier de la délation. Un de nos voisins de banc, M. Arthur Behaghel, dont les origines étaient plutôt impérialistes, avait jugé, après la révolution du 4 septembre, que l'emploi de secrétaire-rédacteur devenait une ressource très hasardeuse et que, pour ceux qui n'en avaient pas d'autre, le moment était venu de se retourner. Profitant de certaines relations qu'il avait nouées dans le.parti victorieux, il se fit, sans trop de peine, nommer préfet de la Haute-Loire et en remplit fort bien l'emploi, avec une autorité, mitigée de souplesse, qui manque souvent aux nouveaux venus. Malheureusement, il arriva qu'un beau matin les maîtres du jour trouvèrent son nom sur la liste des fonds secrets de l'Empire, et Gambetta averti le révoqua immédiatement sans autre forme de procès. C'était une vilaine chute. Béhaghel, qui avait du caractère, ne se tint pas pour battu : il remua ciel et terre pour prouver au ministère que l'allocation qu'il recevait ainsi, encore qu'elle fût inscrite sur ce registre suspect, ne méritait à aucun titre d'y figurer. C'était tout simplement la juste rémunération d'un petit compte rendu de la séance qu'il fournissait à Rouher lorsque celui-ci était empêché d'y assister. Sans même qu'il en fût prévenu, on le dédommageait sur l'argent des fonds secrets d'une besogne qui n'était qu'un très court procès-verbal et qui n'avait absolument rien de répréhensible. À force d'efforts, il finit par convaincre Gambetta, qui lui délivra, la vérité étant bien établie, un certificat de réhabilitation explicite et formel. Il ne retrouva pas son poste de préfet, mais il reprit sa place parmi les secrétaires-rédacteurs… » (Lire la suite à propos de Sextius AUDE)

 

1867 : sans compter Adrien Marx, qui ne restera pas, trois recrutements dans l'année – Dhormoys, Bonhoure et Lara-Minot – portent l'effectif à 11.


Adrien MARX

(Napoléon-Adrien) (Nancy, 1837 – Beaulieu, Alpes-Maritimes, 1906) mérite de figurer dans la liste pour avoir tenu sa partie pendant la session de 1867.

marxDestiné comme son frère à Polytechnique, après des études littéraires et scientifiques à Nancy, Meaux et Paris, commence sa médecine en 1859 et est quatre ans durant élève dans les hôpitaux (il soigne Murger), mais il abandonne juste avant le doctorat pour le journalisme. Il débuta en 1863 au Boulevard de Carjat, y donnant des "nouvelles à la main" et des articles de genre qu'il reprit dans Histoires d'une minute, physionomies parisiennes (1864, illustrations de Doré, préface de Monselet). En 1862, il avait composé avec Rochefort une opérette : Un premier avril. Encore en collaboration, il composa une bouffonnerie musicale, Un drame en l'air (1865, avec Abraham), Le plat d'étain (avec Gille), le tout joué aux Bouffes-Parisiens. Également, seul, L'Orage, comédie en un acte (1875). Il est passé par beaucoup de petites feuilles (Le Diogène, l'Époque, La Liberté, Le Nain jaune, Le Petit Journal, Le Peuple français, Paris-magazine…), a tenu la chronique départementale dans La Nation, mais l'essentiel de sa carrière s'est déroulé dans la presse de Villemessant : L'Événement (novembre 1865-novembre 1866) et surtout Le Figaro, juste après.
C'est le premier journaliste parisien à populariser l'interview - Claretie en fait l'inventeur du "reportage" - et il a un tel talent pour se glisser dans tous les milieux que Louis Veuillot (Odeurs de Paris, 1867) le surnomme "Passe-partout". Cela donne Indiscrétions parisiennes (1866), Un peu de tout (1868), Profils intimes (1880). On a cité (voir Le métier) le second de ces recueils où, sous le titre "Dans les coulisses du Corps législatif", il raconte son expérience de secrétaire-rédacteur. Mais il n'a pas été comme il le prétend jeté dans l'hémicycle quinze jours après avoir appris la vacance laissée par le départ d'Halévy. Le Salut public du 20 février annonce bien qu'il « figure aujourd'hui au banc des secrétaires-rédacteurs » et si cet "aujourd'hui" est ambigu, il ne peut remonter en deçà du début de la session, le 14 du même mois. D'autre part, selon le même journal, il s'agirait d'un second emprunt au Figaro, Marx ayant été précédé au compte rendu par son collègue Adolphe Rocher, chroniqueur judiciaire, qui a déclaré forfait "au bout d'un mois" (lors de la précédente session donc ?).

D'autre part, Marx est-il resté jusqu'à la fin de cette session de 1867, le 24 juillet ? On peut en douter : à partir du 24 mars, la presse fait état de sa nomination comme historiographe ou chroniqueur permanent de la Cour impériale. Il aurait dû cette sinécure à l'Impératrice, touchée par un très respectueux compte rendu d'"Une après-midi chez le Prince impérial". Rattaché au Grand Chambellan, le duc de Bassano, « il sera chargé de communiquer aux journaux la relation authentique des fêtes et cérémonies officielles, ainsi que celle des voyages accomplis par les membres de la famille impériale » (Journal du Loiret, 28 mars 1867). Xavier Mauduit (Le Ministère du faste, Fayard, 2016) suppose qu'il s'agissait aussi de célébrer la France de l'Exposition universelle qui allait s'ouvrir dès le début d'avril et, de fait, Marx en tirera en 1868 un récit des visites faites alors par Les Souverains [étrangers] à Paris. La mission ne semble d'ailleurs avoir duré beaucoup au-delà mais Marx reçoit un lot de consolation : en août 1868, Haussmann en fait un inspecteur des Beaux-Arts de la ville de Paris et, la même année, il fonde avec Bauer L'Événement illustré – ce qui  lui vaut un procès avec Villemessant, mais ne l'empêche pas de rentrer par la suite au Figaro où, après la guerre, il donnera sous le nom de Jean de Paris une série de conseils d'où sortiront Guide pratique de la vie nouvelle (1879) et L'art de bien vivre (1880). Également : En plein air (1887), Les petits mémoires de Paris (1888), Sub Jove (1890). Il se retirera sur la Côte d'Azur en 1894.
Sources : Polybiblion, 1906, p. 275 ; Vapereau, 1893.


21. Paul DHORMOYS

(1829-1889), né Louis-Eugène Lambert, autorisé à porter son nom de plume par décret de 1874 (mais, même dans des documents d'origine officielle, les variantes sont nombreuses : Dormoys, d'Hormoys, d'Hermoys – y aurait-il eu une velléité d'anoblissement ?). Courriériste, publiciste "et même ancien préfet", écrit Vapereau.

Eut comme professeur de philosophie (à Versailles ?) et comme examinateur au baccalauréat Jules Simon. Suivit l'école d'application. Devenu sous-lieutenant d'artillerie, il donna sa démission et partit avec l'intention de se mettre au service de la République dominicaine. Déçu par celle-ci, il se rendit dans l'empire voisin de Faustin Ier, d'où il rapporta : Une visite chez Soulouque : souvenirs d'un voyage dans l'île d'Haïti (1859, mais publié d'abord dans le Figaro) ; suivit Sous les tropiques (1860), consacré principalement à Saint-Thomas et à la Martinique. Ces deux livres semblent avoir eu plusieurs éditions, si bien que, dans sa Lorgnette littéraire (1870), Monselet déclare : « Je ne suis pas inquiet de lui », ajoutant qu'il a un pied à la Revue européenne, l'autre au Monde illustré. Vapereau, dans L'Année littéraire (1865), annonce qu'il est secrétaire de l'Opéra - en fait, secrétaire du directeur, Émile Perrin.
Dhormoys semble avoir touché, sinon à l'opérette, du moins au théâtre à cette époque (Faire son chemin, comédie en cinq actes, 1860 ; Un piège, comédie en un acte, 1863). Également Sapajou, histoire d'un abonné de l'Opéra (2e édition en 1885, la 1re semblant être de 1877). La Cour à Compiègne, confidences d'un valet de chambre.
Il entre comme secrétaire-rédacteur au Corps législatif après le départ d'Halévy, en mai 1867, mais ne continuera pas cette carrière après la chute de l'Empire, bien qu'ayant rejoint l'Assemblée nationale à Bordeaux en 1871 (il est d'ailleurs bizarrement mentionné dans l'almanach de 1872, mais non dans celui de 1871). Il est en effet devenu préfet. On le signale en tout cas en Corse (1871-72) et dans la Haute-Marne (1871 et juillet-décembre 1877). Publie en 1886-87 La comédie politique, souvenirs d'un comparse (deux vol. : I, La fin d'un empire ; II, Les débuts d'une République) et en 1889, l'année de sa mort, Souvenirs d'un vieux chasseur, aventures presque véridiques.

« Paul Dhormoys a publié un volume intitulé La Comédie politique, souvenirs d'un comparse. Sténographe [sic] du Corps législatif et de l'Assemblée nationale, un peu préfet après l'armistice, lié avec beaucoup d'hommes politiques, ayant rendu des services en quelques circonstances difficiles, écouté bien des récriminations, noté bien des propos, recueilli bien des anecdotes, sceptique, connaissant le dessous des choses et le dedans des hommes, il était placé aux premières loges pour voir ; son témoignage a du poids, car son récit est éclatant de sincérité ; or il raconte que Thiers, volontairement et de propos préconçu, a reculé l'époque de la libération possible du territoire… » Maxime Du Camp, Souvenirs d'un demi-siècle, vol. II, p. 273.


22. Ernest BOYSSE

(Paris, 1836-1891), historien de l'opéra et du théâtre après avoir tenté sa chance au vaudeville : concourt en 1861 avec une pièce en vers sur le thème L'isthme de Suez. Alors rédacteur au Nouvelliste de Rouen. Je pars pour La Bouille, vaudeville en trois tableaux mêlé de chants (1861) ; Un neveu d'Amérique, comédie en un acte et en vers (1862) ; L'écran du roy, comédie en un acte et en vers, 1882. Le théâtre contemporain en Angleterre (1864), Le roman contemporain en Angleterre, Le roman antiesclavagiste, Revue contemporaine, 1865, p. 762-783. L'instrument de Molière : traduction du traité De Clysteribus… (1878), Le théâtre des Jésuites, encore souvent cité (1880, 370 pages : l'histoire du théâtre scolaire, avant et chez les jésuites ; le répertoire du collège de Clermont, de 1635 à 1762). Les abonnés de l'opéra, 1783-86 (1881, 360 p. : la liste officielle des abonnés à la veille de la Révolution, assortie de notices, avec des détails sur les demoiselles à la mode…). Le songe de Corneille (1636) (1885). Journal de Papillon de La Ferté, intendant et contrôleur de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la Chambre du roi (1756-1780), avec une introduction et des notes, Ollendorff, 1887. Préface à Charles Nisard, Le poète Fortunat, 1890. Ce que fut la cabale des dévots, 1906.
Secrétaire du Conseil supérieur de la "Société du Prince impérial" (société de bienfaisance, Almanachs 1867-68, p. 1277) ; il occupait déjà ce poste en 1865 (Almanach de 1866), mais comme "sous-chef de bureau au cabinet du gouverneur du Crédit foncier", et il l'occupera encore en 1876 et 1880 ; simplement, la société sera devenue celle "des prêts de l'enfance au travail".) Mort au palais Bourbon, où il résidait comme chef adjoint (Revue d'art dramatique, XXI, 1891).


23. Eugène BONHOURE

(1831-1914) a été rédacteur (en chef ?) de La Lanterne - non celle de Rochefort, mais celle d'Eugène Mayer, fondée en 1877. Il fut ensuite rédacteur de L'Opinion nationale. Membre de l'association syndicale des journalistes républicains. A publié (1875) un Almanach illustré des coulisses parlementaires, sous le nom de Jean du Vistre. Avait-il été, dans sa jeunesse, l'auteur du recueil de poésie Pêle-mêle (1853), inspiré de Musset si l'on en croit la Revue de Paris (1854, 20, p. 470) ? De la brochure "Comment doit se faire l'éducation politique du pays ?" (1871) ? Présence dans le service de mai 1867 à février 1885.
Il semble néanmoins peu probable qu'il soit l'auteur de monographies consacrées à notre empire colonial, parues sous le même nom (une longue note consacrée à la Tunisie et, en 1900, L'Indo-chine).
Louis Andrieux (le père d'Aragon) fixe la silhouette. Nommé préfet de police en 1879, il veut se concilier la presse… et c'est Bonhoure qui prétend faire son éducation :

« Mon objectif n'était pas de conquérir les bonnes grâces de la Lanterne, ni même de nouer pour longtemps avec le Conseil municipal une entente à coup sûr désirable, mais certainement impossible. Ma préoccupation exclusive était de rétablir l'autorité préfectorale, de faire revivre la discipline, de réorganiser l'administration de la police, dont les procès, les enquêtes, les interpellations, avaient dispersé la poussière aux quatre vents. Pour cette œuvre, j'avais besoin que la presse et le Conseil municipal me laissassent quelque répit. J'essayai de jeter quelques gâteaux à ces deux cerbères. La Lanterne d'abord ne me parut pas éloignée de vouloir flirter avec le nouveau préfet.
Avant même que j'eusse pris possession de mes fonctions, je vis entrer chez moi un petit homme à lunettes, que j'avais vu souvent dans les couloirs de la Chambre, fait à la fois de bonhomie, de finesse et de brusquerie, toujours affairé, souriant discrètement aux députés ses amis, adressant à quelques-uns un petit salut protecteur. C'était M. Bonhoure, secrétaire-rédacteur à la Chambre des Députés et principal rédacteur à la Lanterne. Je reçus de mon mieux M. Bonhoure. J'écoutai, sans l'interrompre, les conseils abondants qu'il voulut bien me donner. Je connus par lui ceux de mes agents que je devais révoquer et ceux auxquels une réparation était due pour les injustes vexations dont mes prédécesseurs les avaient abreuvés.
Je fus bien vite fixé sur les conditions auxquelles je pouvais avoir la protection de la Lanterne. Je compris fort bien que le journal de M. Mayer ne pouvait se compromettre jusqu'à soutenir ostensiblement un préfet de police, mais qu'il saurait reconnaître ma docilité par une neutralité bienveillante. D'ailleurs, M. Bonhoure m'offrait de compléter par d'autres entretiens ces premiers renseignements et se mettait amicalement à ma disposition.
- J'habite, me dit-il, rue du Mont-Thabor, n° 13. Vous n'avez qu'à m'écrire.
Et je vois toujours M. Bonhoure, descendant mon escalier, levant vers moi l'index avec un geste d'intelligence et de mystère en me répétant, en baissant la voix :
- Surtout, n'oubliez pas que j'habite rue du Mont-Thabor, n° 13. » (Louis Andrieux, À travers la République, mémoires, 1926, t. I, p. 173-4 et 200-203)

Quelque temps après, sommé de s'expliquer devant la Chambre sur la saisie du journal, Andrieux réduit la Lanterne à quia en mettant les rieurs de son côté, cependant qu'au bas de la tribune, le pauvre Bonhoure est obligé de "sténographier" ses paroles…


24. André-Adolphe LARA-MINOT

(Melle, 1835-1911), fils d'un receveur des impôts de Melle. Secrétaire du baron David (député de la Gironde et représentant de l'extrême droite sous le Second Empire). "L'activité faite homme". Entré au compte rendu en juillet 1867, un peu après les deux précédents, il y restera jusqu'en janvier 1876 - au traitement de 5 500 F par an, précise un journal rapportant sa condamnation pour utilisation d'un titre de transport invalide. Selon la nécrologie publiée par Le Figaro, « secrétaire-rédacteur au Corps législatif et ensuite à l'Assemblée nationale, M. A. Lara-Minot avait occupé entre temps les fonctions de chef de cabinet du baron Jérôme David, d'abord président du Corps législatif, puis ministre des travaux publics dans le dernier cabinet de l'Empire. Au lendemain du 4 septembre, Gambetta lui avait offert la préfecture de la Charente-Inférieure, qu'il ne voulut point accepter en raison de son attachement à la famille impériale. Après la mort du prince impérial, il servit avec un égal dévouement la cause du prince Napoléon. Il comptait d'ailleurs de précieuses sympathies dans tous les milieux politiques. Il avait épousé Mlle Chaban, petite-fille du comte de Chaban, qui fut successivement intendant général des finances, gouverneur de Hambourg et préfet de Bruxelles sous le premier Empire. »
Il aura donc été chef de cabinet pendant vingt-sept jours, en 1870. L'année suivante, Claveau le voit dans le rôle de "recruteur" pour le prince Napoléon. En 1877, il était rédacteur au Salut, journal bonapartiste dirigé par Clément-Duvernois.
Chercher Le neveu de Bonaparte, de Paul Lenglé, 1893. Revue des deux mondes, I, p. 788.